samedi 31 octobre 2026

Rhumes, toux, éternuements : et si on essayait de comprendre ce qui nous arrive ? -

Rhumes, toux, éternuements : derrière les symptômes, des mécanismes insoupçonnés

Avec l’automne reviennent les rhumes, les toux et les éternuements… Mais pourquoi toussons-nous plutôt que d’éternuer ? Que viennent faire les bactéries de notre nez dans les allergies ? Comment le cerveau apprend-il que nous sommes malades ? Et un simple repas peut-il renforcer durablement nos défenses immunitaires ? Quatre recherches récentes révèlent des mécanismes surprenants. Jump-To-Science vous propose de les découvrir, en donnant un aperçu des méthodes pour mieux apprécier la portée des résultats — et surtout l'envie d'aller explorer les articles originaux.

Tousser ou éternuer : deux voies nerveuses distinctes ?

Pourquoi une irritation des voies respiratoires déclenche-t-elle tantôt un éternuement, tantôt une toux ? Sidik (2024) rapporte ici dans Nature que [Jiang et al. (2024), ici], ont identifié chez la souris deux populations distinctes de neurones sensoriels : les uns, dans la muqueuse nasale, déclenchent l'éternuement ; les autres, dans les voies respiratoires inférieures, participent au déclenchement de la toux.

Fig. 1 — Un nuage de pollen s'échappe d'un cône mâle de conifère. Le pollen et d'autres allergènes peuvent déclencher toux ou éternuement par l'intermédiaire de populations neuronales distinctes.  Crédit : Getty Images / Nature.]

Pour identifier les neurones responsables de l'éternuement, les chercheurs ont exposé des souris à différentes substances, chacune connue pour activer certains récepteurs neuronaux. L'une d'elles, BAM 8-22, a déclenché des éternuements. Comme cette substance active le récepteur MrgprC11, les chercheurs ont supposé que les neurones exprimant ce récepteur étaient impliqués. Ils ont testé cette hypothèse en supprimant génétiquement MrgprC11 : les souris infectées par le virus de la grippe n'éternuaient plus, mais conservaient des réactions analogues à la toux.


En utilisant un modèle expérimental permettant d'étudier la toux chez la souris, ils ont identifié une autre population de neurones, exprimant la somatostatine (SST), impliquée dans cette réaction, mais pas dans l'éternuement.

Micrograph of a mouse nasal passageway with sneeze neurons highlighted in red
Fig. 3 — Coupe microscopique des fosses nasales d'une souris. Les neurones impliqués dans l'éternuement apparaissent en rouge. Crédit : H. Jiang et al. / Cell.

Ces résultats montrent que la toux et l'éternuement empruntent des voies sensorielles et nerveuses distinctes. L'existence de mécanismes comparables chez l'humain reste à préciser. Ces découvertes pourraient contribuer à développer des traitements plus ciblés contre les toux chroniques et certaines allergies.  Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles
              plutot que vulgariser encourage le lecteur à aller vérifier dans l’article d’origine :  ici.

Rhume des foins : les bactéries du nez pourraient aggraver les éternuements

Le pollen ne serait pas le seul responsable des symptômes du rhume des foins : certaines bactéries vivant normalement dans notre nez pourraient également y contribuer.
[Miao et al. (2023), (ici) ont comparé le microbiote nasal de 55 personnes souffrant de rhinite allergique et de 105 personnes sans cette affection. En analysant les séquences du gène de l'ARN ribosomique 16S bactérien, ils ont observé une diversité bactérienne plus faible chez les personnes allergiques et une abondance particulièrement élevée de Streptococcus salivarius. Cette espèce représentait plus de 12 % des bactéries détectées, soit une proportion plus de 17 fois supérieure à celle des personnes non allergiques.
Mais une telle association ne démontre pas que la bactérie contribue à l'allergie. Les chercheurs ont donc utilisé des modèles expérimentaux de rhinite allergique, chez la souris et sur des tissus, pour tester son rôle. Ils ont montré que, dans les conditions créées par l'exposition aux allergènes, S. salivarius adhère davantage aux cellules de la muqueuse nasale et favorise la production de molécules inflammatoires ainsi que des modifications de l'épithélium caractéristiques de la rhinite allergique.
Ces résultats suggèrent que les interactions entre allergènes, microbiote et muqueuse nasale peuvent amplifier les manifestations allergiques. Ils ouvrent des pistes thérapeutiques ciblant ces interactions, plutôt que les seules réactions immunitaires aux pollens.  Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles
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Comment une infection respiratoire informe-t-elle le cerveau que nous sommes malades ?

La fatigue, la perte d'appétit et la diminution de l'activité accompagnent souvent les infections. Ces manifestations, parfois regroupées sous le terme de sickness behaviours, ne sont pas simplement des conséquences passives de l'infection : elles impliquent une communication entre le système immunitaire et le cerveau.
Bin et al. (2023), ici, ont étudié chez la souris comment une infection par le virus de la grippe déclenche ces réactions. Ils ont identifié une petite population de neurones sensoriels du nerf glossopharyngien, capables de détecter la prostaglandine E2 (PGE2), une molécule produite lors de l'inflammation.
En supprimant sélectivement ces neurones, ou en inactivant génétiquement leur récepteur à la PGE2 (EP3), les chercheurs ont observé que les souris infectées ne présentaient plus, au début de l'infection, les diminutions habituelles de consommation de nourriture et d'eau, ni la réduction de leur activité. Leur survie était également améliorée. Des techniques de traçage anatomique ont permis de suivre les prolongements de ces neurones depuis le nasopharynx jusqu'au tronc cérébral.
Cette étude révèle ainsi une voie nerveuse par laquelle le cerveau est informé d'une infection respiratoire, contribuant à déclencher certaines réactions générales de l'organisme. Elle montre que les manifestations de la maladie résultent aussi de mécanismes neuro-immunitaires, et pas uniquement des effets directs du pathogène. Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles
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« Nourrir un rhume, affamer une fièvre » : manger stimule-t-il les défenses immunitaires ?

Un vieux dicton anglais conseille de « nourrir un rhume et affamer une fièvre » (Feed a cold, starve a fever). Sans confirmer cette distinction, une recherche récente montre que l'état nutritionnel peut modifier rapidement, mais aussi durablement, les capacités de certains lymphocytes T.
Kumar et al. (2026), ici, ont prélevé du sang chez des volontaires après une nuit de jeûne, puis six heures plus tard, durant lesquelles ils avaient pu manger librement. Ils ont comparé les propriétés métaboliques des lymphocytes T : capacité d'absorber du glucose, réserves lipidiques et activité mitochondriale. Après les repas, ces cellules disposaient de capacités métaboliques accrues et répondaient plus efficacement à une stimulation.
Des expériences chez la souris ont permis de tester les conséquences immunitaires : des lymphocytes T provenant d'animaux nourris ou à jeun ont été transférés dans des animaux receveurs, puis leur prolifération et leur capacité à combattre une infection ont été comparées. Ceux provenant des souris nourries se multipliaient davantage et assuraient une meilleure protection. Certaines différences persistaient durablement dans les lymphocytes T mémoires.
Pour comprendre comment un repas pouvait modifier aussi rapidement l'activité des lymphocytes, les chercheurs ont comparé l'effet du sérum prélevé avant et après un repas. Ils ont ensuite étudié le rôle de différents composants du sérum, notamment les chylomicrons, particules qui transportent les lipides absorbés par l'intestin. En testant leur effet sur les lymphocytes et sur les voies de signalisation intracellulaires, ils ont montré que ces lipides favorisent l'activation de mTORC1, un complexe protéique qui régule notamment la synthèse des protéines nécessaires à l'activation et à la prolifération des lymphocytes T. Ces expériences permettent ainsi de relier les changements métaboliques consécutifs au repas à une modification fonctionnelle des cellules immunitaires.
L'un des résultats les plus étonnants est qu'un état nutritionnel transitoire peut influencer durablement les propriétés des cellules immunitaires. Ces découvertes ouvrent des pistes pour améliorer certaines vaccinations et immunothérapies. Elles ne démontrent toutefois pas que manger davantage pendant une infection accélère la guérison chez l'humain. Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles
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Simplement voir une personne malade peut mobiliser notre système immunitaire

Une autre recherche montre que les réactions de défense peuvent commencer avant même le contact avec un pathogène. En utilisant la réalité virtuelle, des chercheurs ont présenté à des participants des avatars présentant des signes de maladie et s'approchant de leur espace personnel. Des mesures de l'activité cérébrale et des réponses immunitaires ont mis en évidence des réactions neuro-immunitaires anticipatrices.
Cette recherche a déjà fait l'objet d'une présentation plus détaillée dans JTS : Voir une personne malade, même virtuellement, mobilise déjà cellules et molécules de notre système immunitaire (2025).

Pour aller plus loin : un dossier de Nature sur la grippe

La revue Nature a consacré en 2019 un dossier spécial (un Outlook) à la grippe, présenté par Brody (2019), ici. Il rassemble des articles sur les difficultés posées par l'évolution rapide des virus grippaux, les recherches visant à développer des vaccins plus largement protecteurs, les nouveaux traitements antiviraux et les méthodes de diagnostic et de surveillance des épidémies. Une occasion d'élargir la perspective, des mécanismes cellulaires et nerveux aux enjeux de santé publique.

 Références:

- Bin, N.-R., Prescott, S. L., Horio, N., et al. (2023). An airway-to-brain sensory pathway mediates influenza-induced sickness. Nature. https://doi.org/10.1038/ s41586-023-05796-0
- Brody, H. (2019). Influenza. Nature, 573, S49. https://doi.org/10.1038/ d41586-019-02750-x
- Jiang, H., Cui, H., Chen, M., et al. (2024). Divergent sensory pathways of sneezing and coughing. Cell, 187(21), 5981–5997.e14. https://doi.org/10.1016/ j.cell.2024.08.009
- Kumar, A., et al. (2026). Postprandial lipid metabolism durably enhances T cell immunity. Nature. https://doi.org/10.1038/ s41586-026-10432-8
- Miao, P., et al. (2023). Exacerbation of allergic rhinitis by the commensal bacterium Streptococcus salivarius. Nature Microbiology. https://doi.org/10.1038/ s41564-022-01301-x
- Sidik, S. (2024). Cough or sneeze? How the brain knows what to unleash. Nature. https://doi.org/10.1038/d41586-024-02858-9
- Petrić Howe, N. (2026). Why you should ‘feed a cold’: eating primes immune cells for action. Nature. https://doi.org/10.1038/ d41586-026-01362-6

mardi 27 octobre 2026

Colloque Wright 2026 : Qu’est-ce que l’intelligence? 2-6 novembre, UniDufour

Conférences 2026 du Colloque Wright

Comme lors des précédentes éditions, JTS recommande vivement le Colloque Wright : une occasion exceptionnelle d’écouter des scientifiques de renommée internationale, parmi les meilleurs dans leur domaine.
Pour le plaisir de découvrir les sciences qui bougent, racontées par ceux qui les font avancer, de se laisser stimuler par des intelligences brillantes et de trouver de nouvelles pistes pour répondre aux questions des élèves ou éveiller leur curiosité !

Cette année, les conférences exploreront les multiples formes de l’intelligence, du cerveau humain aux sociétés animales et à l’intelligence artificielle.
Allez-y assez tôt : la salle est généralement pleine bien avant le début des conférences !

À signaler également : une journée spécialement destinée aux jeunes, le mercredi 4 novembre, avec des rencontres avec les scientifiques, et Intelligences en mouvement, un spectacle son et lumière projeté sur la façade du Musée d’art et d’histoire (MAH), du 25 octobre au 15 novembre. Détails plus bas


Qu’est- ce que l’intelligence? Comment naît-elle, se développe-t-elle et se mani­feste-t-elle chez les êtres vivants, dans les sociétés humaines et désormais dans les systèmes artificiels? 


Entrée libre sans inscription  Interprétation simultanée en français et en anglais

Les conférences:

En quoi le cerveau humain est-il si intelligent?
Sophie Scott Commandeure de l’ordre de l’Empire britannique Professeure à l’Institut des neurosciences cognitives et à l’University College London, Royaume-Uni


mardi 3 novembre 2026 - 18h30 La naissance d’un souvenir

La naissance d’un souvenir
  Sheena Josselyn Chercheuse à l’Hôpital pour enfants malades,  et professeure à l’Université de Toronto, Canada

L’intelligence collective: comprendre le comportement des foules
 Iain D. Couzin Professeur au Département du comportement collectif Institut Max-Planck du comportement animal et Centre d’études avancées du comportement collectif, Université de Constance, Allemagne


jeudi 5 novembre 2026 - 18h30   La nature de l’intelligence artificielle

La nature de l’intelligence artificielle
 Melanie Mitchell Professeure au Santa Fe Institute


Intelligence, conscience et le futur de l’esprit
 
Thomas Metzinger Professeur émérite à l’Université Johannes-Gutenberg de Mayence, Allemagne
Académie nationale allemande Leopoldina, Allemagne


Modération des conférences
Modération des conférences
  Stéphanie Jaquet Journaliste scientifique

Pour les jeunes Mercredi 4 novembre 2026

Comme à chaque édition, les jeunes sont à l’honneur le mercredi. Une rencontre informelle est prévue la journée entre les jeunes et les conférencières et conférenciers du Colloque, favorisant une interaction privilégiée


Intelligences en mouvement

Du 25 octobre au 15 novembre 2026 Spectacle son et lumière sur le MAH

Tous les soirs 18H30, 19H30, 20H30 (durée 20 min)  Façade du Musée d’Art et d’Histoire (MAH)



jeudi 8 octobre 2026

L’ADN dans l’air : des traces invisibles qui révèlent espèces, écosystèmes… et individus ?


De l’ADN flotte autour de nous…et révèle quelles espèces — voire quels individus — sont présentes ou sont passées dans un environnement

L’air contient des traces d’ADN provenant des plantes, animaux, champignons ou microorganismes qui nous entourent — et aussi des humains. De nouvelles méthodes permettent de récolter et séquencer cet ADN environnemental aérien (eDNA). Elles pourraient fournir une nouvelle manière de suivre la biodiversité, repérer des espèces invasives ou des pathogènes, mais soulèvent aussi des questions inattendues sur la confidentialité de notre propre ADN.

Dans une News Feature publiée dans Nature le 14 avril 2026, Irwin, A. (2026) (ici) fait le point sur ce domaine en plein essor :  Nous respirons en effet dans un nuage d’informations biologiques. L’air transporte des fragments d’ADN et d’ARN provenant d’êtres humains, d’animaux, de plantes, de champignons, de bactéries ou de virus : cellules de peau, poils, plumes, pollen, spores, excréments... Certains fragments d’ADN comprennent encore des dizaines de milliers de paires de bases. Ils peuvent persister quelques jours, souvent fixés à des poussières, et parcourir des distances allant de quelques mètres à plusieurs milliers de kilomètres. Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles
              plutot que vulgariser encourage le lecteur à aller vérifier dans l’article d’origine :  ici


Fig 1: L’air qui nous entoure contient de l’ADN provenant de très nombreux organismes [img]. Source Illustation de Marcin Wolski in Irwin, A. (2026). ici


L’ADN environnemental est déjà largement extrait de l’eau, la neige ou les sols pour identifier des espèces ou suivre des organismes difficiles à observer. Les égouts ont même servi à suivre l’épidémie de COVID-19 : à San Diego; Karthikeyan,et al. (2022) [ici] ont recueilli et analysé 21 419 échantillons d’eaux usées, notamment grâce à 131 échantillonneurs couvrant 360 bâtiments du campus de l’UCSD. Ils ont pu détecter certains variants jusqu’à 14 jours avant leur apparition dans la surveillance clinique.
Autre environnement, autre remontée dans le temps : l’ADN conservé dans les sols de l’âge glaciaire affine aussi l’histoire des populations humaines  Lewis (2026) [ici]

Et dans l’air ?

Pendant longtemps, on a surtout étudié le pollen et les spores, justement adaptés à être transportés par le vent. Mais les chercheurs ont commencé à explorer si l’air ne transportait pas beaucoup d’autres traces biologiques.

Une démonstration spectaculaire a été faite dans des zoos. Clare et al. (2022) [ici] ont aspiré l’air à différents endroits d’un petit zoo britannique, extrait puis amplifié et séquencé l’ADN retenu dans les filtres. Ils ont retrouvé l’ADN de 25 espèces d’oiseaux et mammifères, dont 17 présentes dans le zoo — et détecté le tigre à environ 200 m de son enclos. Une équipe indépendante obtenait presque simultanément des résultats analogues au zoo de Copenhague (Lynggaard et al., 2022) [ici].

Ces méthodes fonctionnent-elles aussi dans des milieux naturels, où l’on ne connaît pas à l’avance les espèces présentes ? Pendant une année, Johnson et al. (2023) dans un article au titre inspiré de Bob Dylan : "Answers blowing in the wind." [ici]: ont par exemple recueilli passivement les poussières transportées par l’air au-dessus d’une prairie d’environ 50 hectares et utilisé le metabarcoding pour rechercher l’ADN de vertébrés. Ils ont détecté amphibiens, oiseaux et mammifères, et observé que les signaux variaient avec l’activité connue des animaux, mais aussi avec le vent et la pluie.

Comment lire tout cet ADN ?

La surprise n’est donc pas tant que l’ADN soit présent dans l’air que le fait qu’on puisse désormais le récolter et en tirer une information écologique.

Deux stratégies sont notamment utilisées (voir notamment Nousias et al. (2025) [ici]). Le DNA metabarcoding amplifie quelques régions choisies du génome, suffisamment variables pour permettre d’identifier de nombreuses espèces à partir d’un même prélèvement. Le shotgun sequencing ne cherche pas une région particulière : une grande quantité des fragments présents est séquencée, puis les séquences sont comparées aux génomes contenus dans des bases de données. Cette seconde approche est plus lourde, mais peut fournir beaucoup plus d’informations.

Ainsi, Nousias et al. (2025) [ici] ont testé différentes manières de récupérer l’eDNA aérien : pompage actif de l’air, filtres exposés passivement, vitres, et même filtres fixés sur une voiture. Avec du séquençage shotgun à longues lectures et des analyses dans le cloud, un seul chercheur pouvait passer du prélèvement à l'analyse en environ deux jours. Dans certains échantillons d’air pompé pendant une semaine, ils ont détecté de l’ordre de 1 000 unités taxonomiques et obtenu des informations allant jusqu’à la diversité génétique de certaines espèces.


Fig 2:  Collecte de matériel biologique atmosphérique en Finlande.[img]. Source :Credit:Tommi Sassi, University of Jyväskyl dans Irwin (2026).

Détourner des réseaux de surveillance de l’air

Une idée particulièrement élégante consiste à utiliser des appareils déjà installés pour autre chose.
Au Royaume-Uni, Tournayre et al. (2025) [ici] ont récupéré les filtres du réseau national de mesure des métaux lourds dans l’atmosphère. Ils ont ré-analysé par métabarcoding les prélèvements de 15 stations, situées dans des contextes urbains, ruraux ou industriels, par metabarcoding. Ils ont détecté environ 1 100 taxons, des vertébrés aux protistes.  La comparaison avec les observations déposées dans iNaturalist est instructive : les deux méthodes ne voient pas exactement la même biodiversité. Les observations naturalistes détectaient davantage les oiseaux et autres espèces visibles, notamment près des habitations ; l’eDNA aérien révélait davantage de champignons, lichens, invertébrés et plantes discrètes. Près de la moitié des taxons détectés par l’une des approches ne l’étaient pas par l’autre. Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles
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Des archives de l’air du passé... révèlent la biodiversité passée

Plus étonnant encore, d’anciens filtres pourraient permettre de remonter dans le temps.
Depuis les années 1950, la Suède dispose d’un réseau destiné à détecter les radionucléides atmosphériques provenant notamment d'essais nucléaires. Une station du nord du pays aspire continuellement environ 1 000 m³ d’air par heure à travers des filtres en fibres de verre, remplacés chaque semaine et archivés.
Sullivan et al. (2025) [ici] ont séquencé l’ADN conservé sur 380 filtres hebdomadaires couvrant les années 1974 à 2008. À partir de ces échantillons qui n’avaient évidemment jamais été collectés pour étudier la biodiversité, ils ont pu identifier plus de 2 700 genres et retrouver des variations saisonnières ainsi que des changements à long terme des communautés biologiques, notamment ceux associés à l’évolution de la gestion forestière.
C’est peut-être l’aspect le plus frappant de ces travaux : des filtres destinés à surveiller la radioactivité se révèlent, plusieurs décennies plus tard, des archives de la biodiversité.

À quoi cela pourrait-il servir ?

Pour Irwin, A. (2026) [ici]  l’eDNA aérien pourrait permettre de suivre la restauration d’une forêt, repérer rapidement l’arrivée d’une espèce invasive ou d’un pathogène, surveiller des populations difficiles à observer ou mesurer certains aspects de leur diversité génétique. Pour certaines applications, il n’est d’ailleurs pas nécessaire de reconstruire tout l’écosystème : détecter une seule fois avec certitude un organisme invasif ou un pathogène peut déjà constituer l’information recherchée.

Mais que signifie exactement une détection ?

De l’ADN de morue a par exemple été retrouvé dans une forêt suédoise située à 160 km de la mer. Les chercheurs ont pu relier cet épisode à de forts vents du nord. Trouver de l’ADN de rat dans un prélèvement ne signifie donc pas nécessairement qu’un rat vient de passer : de vieilles traces peuvent avoir été remises en suspension et transportées.
Irwin, A. (2026) [ici]  rapporte quatre questions qui restent cruciales pour interpréter ces données : comment l’ADN arrive-t-il dans l’air ? sous quelle forme ? combien de temps y persiste-t-il ? et comment est-il transporté ? Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles
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Fig. 3. Dispositifs de prélèvement d’air sur une plage du Norfolk (R.-U.) pour analyse de l’ADN. [img]Crédit : Darren Heavens/Earlham Institute, dans Irwin (2026).

Mais alors on pourrait relever des traces de notre ADN là où nous avons été ?

Une difficulté inattendue est que les appareils prélèvent également de l’ADN humain... Nousias et al. (2025) [ici] ont montré que des prélèvements d’air extérieur ou réalisés sur des vitres pouvaient contenir suffisamment d’information génétique pour distinguer des individus chez certaines espèces animales. Par choix éthique, les chercheurs n’ont pas effectué la même analyse d’identification sur les humains, mais leurs séquences révélaient néanmoins des informations concernant l'ascendances génétiques et certaines variantes associées à des maladies.

La possibilité n’est pas seulement théorique. Dans une étude à visée médico-légale, Goray et al. (2024) ici ont prélevé de l’ADN dans l’air de pièces occupées ou non, ainsi que dans des climatiseurs de bureaux et d'habitations. Après nettoyage des appareils puis quatre semaines d’utilisation, de l’ADN humain était à nouveau détectable ; les prélèvements directs dans l’air reflétaient davantage l’occupation récente, alors que les climatiseurs conservaient une sorte d’historique.
Dès 2023, Doi & Kelly [ici] avaient demandé qu’un cadre éthique soit discuté avant de développer l’analyse de cet « human genomic by-catch » : lorsqu’un échantillonnage destiné à la biodiversité capture incidemment notre ADN, quelles informations peut-on légitimement en extraire ?  Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles
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On commence seulement à savoir récolter et analyser les traces génétiques contenues dans l’air. Cette nouvelle possibilité ouvre soudain un vaste champ de recherches, passionnant, mais aussi troublant. On peut imaginer avec les élèves des débats sur ce qu’elle pourrait permettre, pour le meilleur comme pour le pire, en confrontant les scénarios envisagés aux méthodes qui les rendent — ou non — réellement possibles. Une belle occasion de remettre au centre les méthodes, souvent grandes absentes des cours de sciences, tout en discutant les questions éthiques qu’elles soulèvent.

(Les membres Jump-To-Science peuvent obtenir ces articles…).

Références:

  • Clare, E. L., Economou, C. K., Bennett, F. J., Dyer, C. E., Adams, K., McRobie, B., Drinkwater, R., & Littlefair, J. E. (2022). Measuring biodiversity from DNA in the air. Current Biology, 32(3), 693-700.e5. https:// doi.org/10.1016/j.cub.2021.11.064
  • Doi, H., & Kelly, R. P. (2023). Ethical considerations for human sequences in environmental DNA. Nature Ecology & Evolution, 7(9), 1334‑1335. https:// doi.org/10.1038/s41559-023-02124-7
  • Gilbert, N. (2023). Accidental DNA collection by air sensors could revolutionize wildlife tracking. Nature. https:// doi.org/10.1038/d41586-023-01850-zGoray, M., Taylor, D., Bibbo, E., Patel, D., Fantinato, C., Fonneløp, A. E., Gill, P., & van Oorschot, R. A. H. (2024). Up in the air : Presence and collection of DNA from air and air conditioner units. ELECTROPHORESIS, 45(9‑10), 933‑947. https:// doi.org/10.1002/elps.202300227
  • Goray, M., Taylor, D., Bibbo, E., Patel, D., Fantinato, C., Fonneløp, A. E., Gill, P., & van Oorschot, R. A. H. (2024). Up in the air: Presence and collection of DNA from air and air conditioner units. Electrophoresis, 45(9–10), 933–947. https:// doi.org/10.1002/elps.202300227
  • Johnson, M., Barnes, M., Garrett, N., & Clare, E. (2023). Answers blowing in the wind : Detection of birds, mammals, and amphibians with airborne environmental DNA in a natural environment over a yearlong survey. Environmental DNA, 5. https:// doi.org/10.1002/edn3.388
  • Irwin, A. (2026). The air is full of DNA — here’s what scientists are using it for. Nature, 652(8110), 556‑558. https:// doi.org/10.1038/d41586-026-01099-2
  • Levy, J. I., Andersen, K. G., Knight, R., & Karthikeyan, S. (2023). Wastewater surveillance for public health. Science, 379(6627), 26‑27. https:// doi.org/10.1126/science.ade2503
  • Karthikeyan, S., Levy, J. I., De Hoff, P., et al. (2022). Wastewater sequencing reveals early cryptic SARS-CoV-2 variant transmission. Nature, 609, 101–108. https:// doi.org/10.1038/s41586-022-05049-6
  • Lewis, D. (2026). How DNA in dirt is shaking up the study of human origins. Nature, 651(8107), 868‑870. https:// doi.org/10.1038/d41586-026-00879-0
  • Lynggaard, C., Bertelsen, M. F., Jensen, C. V., Johnson, M. S., Frøslev, T. G., Olsen, M. T., & Bohmann, K. (2022). Airborne environmental DNA for terrestrial vertebrate community monitoring. Current Biology, 32(3), 701-707.e5. https:// doi.org/10.1016/j.cub.2021.12.014
  • Nousias, O., McCauley, M., Stammnitz, M. R., Farrell, J. A., Koda, S. A., Summers, V., Eastman, C. B., Duffy, F. G., Duffy, I. J., Whilde, J., & Duffy, D. J. (2025). Shotgun sequencing of airborne eDNA achieves rapid assessment of whole biomes, population genetics and genomic variation. Nature Ecology & Evolution, 9(6), 1043‑1060. https:// doi.org/10.1038/s41559-025-02711-w
  • Sullivan, A. R., Karlsson, E., Svensson, D., Brindefalk, B., Villegas, J. A., Mikko, A., Bellieny, D., Siddique, A. B., Johansson, A.-M., Grahn, H., Sundell, D., Norman, A., Esseen, P.-A., Sjödin, A., Singh, N. J., Brodin, T., Forsman, M., & Stenberg, P. (2025). Airborne eDNA captures three decades of ecosystem biodiversity. Nature Communications, 16(1), 11281. https:// doi.org/10.1038/s41467-025-67676-7
  • Tournayre, O., Littlefair, J. E., Garrett, N. R., Allerton, J. J., Brown, A. S., Cristescu, M. E., & Clare, E. L. (2025). First national survey of terrestrial biodiversity using airborne eDNA. Scientific Reports, 15(1), 19247. https://doi.org/10.1038/s41598-025-03650-z