mardi 17 février 2026

La semaine du cerveau 2026: ça vous parle ? ...Le langage… au cœur de l’éducation

La semaine du cerveau 2026…ça vous parle ?

Chaque année, la Semaine du Cerveau propose un cycle de conférences de très haute qualité, accompagné d'un spectacle. Cette édition est consacrée au langage.
Dans cet esprit, Jump-To-Science en propose ici un éclairage particulier, notamment sous l'angle de l'apprentissage et de l'enseignement. Détails de la conférence plus bas.

Le langage… au cœur de l'éducation

Nous pensons souvent que le langage sert à exprimer nos idées. Mais si c'était l'inverse ?
Et si c'était en parlant, en écrivant, en reformulant — bref, en mettant nos idées en mots — que nous commencions réellement à penser ?

Depuis les travaux de Lev Vygotsky, la recherche en psychologie du développement montre que la pensée se construit dans l'interaction. C'est en dialoguant avec d'autres — enseignant·e, pairs, adultes — que l'enfant apprend à organiser ses idées. Le langage n'est pas seulement un véhicule de connaissances : il constitue un outil de développement cognitif (Vygotsky, 1978).

Cette idée a des conséquences pédagogiques très concrètes.
Si l'enseignant·e présente une synthèse brillante d'un savoir complexe, mais que les élèves ne s'exercent jamais à produire eux-mêmes une telle synthèse, on les prive précisément de l'activité qui construit cette compétence : on évalue alors une compétence qui n'a pas été réellement entraînée.

Faire écrire les élèves les aide à apprendre 

Les recherches sur le Writing-to-Learn montrent que le fait d'écrire pour expliquer, argumenter ou résumer transforme la compréhension elle-même (voir par exemple Hand & Prain, 2001)(ici). On n'écrit pas pour montrer ce que l'on sait — on écrit pour comprendre, et parfois pour découvrir ce que l'on ne savait pas encore formuler. Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles                plutot que vulgariser encourage le lecteur à aller vérifier dans l'article d'origine :  (ici)

Faire parler les élèves les aide à apprendre 

Faire parler les élèves produit un effet comparable. Les travaux de Kimberly Tanner (2009)(ici) montrent que les étudiants qui expliquent, argumentent ou reformulent — même mentalement — apprennent davantage que ceux qui se contentent d'écouter. Encourager les élèves les plus réservés à prendre la parole, c'est donc aussi leur donner accès à ce potentiel d'apprentissage. Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles                plutot que vulgariser encourage le lecteur à aller vérifier dans l'article d'origine : (ici)

Pensons-nous avec des mots ?

La question fait toujours l'objet de débats intenses. Des travaux récents en neurosciences, notamment ceux de Fedorenko (2024), suggèrent que le langage est avant tout un outil de communication et que la pensée peut exister indépendamment des mots.En français  Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles                plutot que vulgariser encourage le lecteur à aller vérifier dans l'article d'origine :  ici ainsi que  Stix & Fedorenko (2025) en français dans Cerveau et Psycho (pdf joint).
D'autres chercheurs, comme Lupyan (2016) (ici), défendent une position différente : selon lui, les mots agissent comme des signaux symboliques qui orientent et stabilisent nos représentations mentales, jouant ainsi un rôle actif dans l'organisation de la pensée.(ici). Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles                plutot que vulgariser encourage le lecteur à aller vérifier dans l'article d'origine :  ici

Le langage n'est pas seulement verbal !

Enfin, le langage ne se limite pas aux mots. Gestes, expressions faciales, intonation, et vocalisations émotionnelles participent pleinement à la construction du sens (Goldin-Meadow, 2014) ici. Les recherches comparatives montrent d'ailleurs que les frontières entre communication humaine et animale sont plus complexes qu'on ne le pensait. Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles                plutot que vulgariser encourage le lecteur à aller à la conférence du jeudi 12 mars qui explorera précisément ces dimensions non verbales.

Explorer le cerveau du langage, c'est donc interroger bien plus que la parole : c'est questionner la manière dont nous apprenons, dont nous pensons — et ce qui fait notre singularité.
La Semaine du Cerveau offre une occasion rare d'entrer au cœur de ces questions, au contact direct des chercheurs et chercheuses qui les explorent.



La semaine du cerveau 2026…ça vous parle ?

Comment notre cerveau apprend-il à parler, à comprendre plusieurs langues, ou à retrouver la parole après une lésion ? Cette série de conférences explore les mécanismes cérébraux du langage sous toutes ses formes.

De la perception des premiers mots dès la vie fœtale à la maîtrise du multilinguisme, en passant par les troubles du langage et leur rééducation, les chercheurs dévoilent comment le cerveau organise et active ses réseaux pour communiquer. La semaine s'élargit aussi au langage non verbal et aux vocalisations émotionnelles, chez l'humain comme chez les primates.

Point culminant : une conférence-spectacle interactive qui confronte langage humain et intelligence artificielle, entre expériences scientifiques et improvisation théâtrale.

NB: En général l'auditoire est plein assez vite et une autre salle est ouverte (parfois même deux) avec retransmission vidéo en direct : venez assez tôt pour voir les conférencières et conférencier en présentiel



LUNDI 9 MARS,  À L'INTÉRIEUR DU CERVEAU QUI PARLE

La capacité à communiquer par le langage nous semble naturelle, presque évidente. Mais comment le cerveau y parvient-il ? Il est organisé pour traiter le langage et créer automatiquement des liens entre les mots, selon les régularités de la langue maternelle.

Intervenante : Nina Kazanina (UNIGE)

MARDI 10 MARS,  PREMIERS MOTS, NOUVELLES LANGUES

Le cerveau humain traite le langage dès la vie fœtale et ajuste progressivement sa perception à la langue de l'environnement. Le multilinguisme met en lumière comment il parvient à passer d'une langue à l'autre avec une remarquable efficacité.

Intervenant-es : Hélène Delage (UNIGE) et Alexis Hervais-Adelman (UNIGE)

MERCREDI 11 MARS LE CERVEAU QUI REPREND LA PAROLE

Les troubles du langage dévoilent comment le cerveau organise et active ses réseaux céré- braux pour nous permettre de communiquer. Après une lésion, ces mêmes réseaux peuvent être stimulés pour aider le cerveau à retrouver la parole.

Intervenant-es : Adrian Guggisberg (HUG) et Marina Laganaro (UNIGE)

JEUDI 12 MARS,  LES VOIES DU LANGAGE NON VERBAL

La communication non verbale façonne le déroulement des échanges sociaux et interagit étroitement avec le langage. Chez l'humain comme chez les singes, les vocalisations émotionnelles mobilisent des mécanismes cérébraux spécifiques qui permettent de décoder intentions et états affectifs.

Intervenants : Adrian Bangerter (UNINE) et Didier Grandjean (UNIGE) VENDREDI 14 MARS, CONFÉRENCE INTERACTIVE ET SPECTACLE

DUEL DE LANGAGE : HUMAIN VS. IA

Les mécanismes du langage chez l'humain et chez les intelligences artificielles sont comparés à travers une conférence ponctuée d'expériences interactives. Un spectacle prolonge cette réflexion grâce à un dispositif scénique inédit, confrontant l'improvisation humaine à des textes générés par une intelligence artificielle.
Intervenants : Timothée Proix (ETHZ) et la compagnie suisse d'improvisation Alliance créative

Des conférences pour le grand public sont proposées chaque soir de la semaine, à 19:00 à Uni Dufour (24 rue du Général-Dufour).

Programme    Details ici

Organisation: Neurocenter, Université de Genève
Partenariat: Pôle de recherche national Evolving Language et Fonds national suisse


Références:

  • Fedorenko, E., Piantadosi, S. T., & Gibson, E. A. F. (2024). Language is primarily a tool for communication rather than thought. Nature, 630(8017), 575‑586. https://doi.org/10.1038/s41586-024-07522-w
  • Frey, N., & Fisher, D. (2021). A Formative Assessment System for Writing Improvement. English Journal, 103(1), 66‑71.
  • Goldin-Meadow, S. (2014). How gesture works to change our minds. Trends in Neuroscience and Education, 3(1), 4–6. https://doi.org/10.1016/j.tine.2014.01.002
  • Hand, B. M., Prain, V., & Yore, L. (2001). Sequential Writing Tasks' Influence on Science Learning. In P. Tynjälä, L. Mason, & K. Lonka (Éds.),Writing as a Learning Tool : Integrating Theory and Practice (p. 105‑129). Springer Netherlands. https://doi.org/10.1007/978-94-010-0740-5_7
  • Hand, B., & Prain, V. (2001). Teachers Implementing Writing-To-Learn Strategies in Junior Secondary Science : A Case Study. Science Education, 86(6), 737‑755. https://doi.org/252010.1002/sce.10016
  • Lupyan, G. (2016). The Centrality of Language in Human Cognition. Language Learning, 66(3), 516‑553. https://doi.org/10.1111/lang.12155
  • Prain, V., & Hand, B. (1996). Writing for learning in secondary science : Rethinking practices. Teaching and teacher education, 12(6), 609‑626. https://doi.org/10.1016/S0742-051X(96)00003-0
  • Sampson, V., Enderle, P., Grooms, J., & Witte, S. (2013). Writing to Learn by Learning to Write During the School Science Laboratory : Helping Middle and High School Students Develop Argumentative Writing Skills as They Learn Core Ideas. Science Education, 97(5), 643‑670. https://doi.org/10.1002/sce.21069
  • Stix, G., & Fedorenko, E. (2025). Langage et pensée : Deux circuits distincts. Cerveau et Psycho, (172), 24‑27.
  • Tanner, K. D. (2009). Talking to Learn : Why Biology Students Should Be Talking in Classrooms and How to Make It Happen. CBE Life Sci Educ, 8(2), 89‑94. https://doi.org/10.1187/cbe.09-03-0021
  • Vygotsky, L. (1978). Mind in society : The development of higher psychological processes (Harvard University Press).


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lundi 12 janvier 2026

Le contact avec les bébés déclenche l'instinct paternel : depuis les poissons et chez l'humain, CQFD / documentaire ARTE / Livre Le temps des pères, une histoire naturelle des hommes et des bébés

Qu'est devenu ce comportement au cours de l'évolution ? Serait-il tapi au fond de notre génome, prêt à ressurgir ? C'est ce que Sarah Blaffer Hrdy suggère.

Chez de nombreux poissons l'instinct paternel est actif. Chez les poissons c'est les pères en général qui 'occupent des petits.On pense à l'Hippocampe qui garde ses petits dans sa poche ventrale et y produit des substances nutritives et de l'oxygène . On pense aussi à exemple classiquement enseigné en éthologie de l'épinoche mâle qui ventile et protège les œufs, élève seul ses petits alevins, ne mange pas pendant 10-20 jours pour que les petits se réfugient au premier danger dans sa bouche.

Elle parle aussi des hormones qui font que les grenouilles mâle s'occupent de leur têtards, de l'attachement aux petites souris qui est comme - et meme plus fort que - une drogue. Qui n'est pas sensible à l'odeur du cuir chevelu  des bébés (Hexadécanal probablement) :il rend  les mâles moins agressifs. Les bébés ont un effet transformateur sur les parents - aux pères aussi si on leur donne l'occasion d'être en contact avec les bébés-

Sarah Blaffer Hrdy argumente - sur la base d'études ethnographiques, génétiques et neuroscientifiques que cet instinct se réveille - chez les pères humains - au contact du bébé. Plus de contact avec bébé plus d'instinct paternel. Que les pères réagissent aussi bien que les mères aux cris des enfants. Ce qui compte c'est le temps passé avec les enfants.
Elle montre aussi que certaines études sur le comportement parental se sont focalisées sur les mamans et sont simplement passé à coté de celui des pères, faut de l'avoir étudié.
Elle montre comment l'ocytocine rend les pères plus doux (pour ne pas agresser les petits) et les mères plus enclines à l'agressivité (pour protéger ses petits). Voir aussi p. ex (Feldman,(2010) ici
Ecoutez CQFD , un documentaire :

Quand l'instinct paternel est apparu chez les animaux et chez l'humain


https://www.editionsladecouverte.fr/le_temps_des_peres-9782348084973Comment l'instinct paternel s'est-il développé pour qu'au 21e siècle des pères soient capables de prendre soin des tout petits aussi bien que les mères ne l'ont fait traditionnellement ? À moins qu'il n'ait toujours été là, tapi dans notre biologie, ne demandant que le bon contexte culturel pour s'épanouir pleinement.

Dans " Le temps des pères, une histoire naturelle des hommes et des bébés ", publié aux éditions La Découverte, l'anthropologue et primatologue Sarah Blaffer Hrdy remonte la longue histoire des soins parentaux, des papas poissons aux mâles Homo sapiens. Elle montre comment l'exposition intime et prolongée aux bébés transforme le corps et le cerveau des hommes, via des hormones comme la prolactine ou l'ocytocine, et comment ces tout petits peuvent, littéralement, rendre les adultes plus pacifiques.  Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles                plutot que vulgariser encourage le lecteur à aller vérifier dans l'ouvrage d'origine : Intranet.pdf

Avec Sarah Blaffer Hrdy, primatologue et anthropologue évolutionniste, professeure émérite à l'Université de Caroline-Davis, et Jacqueline Farmer, réalisatrice du documentaire " Paternité, une métamorphose décryptée ".

Un must pour chaque bibliothèque d'école ?


Pour ceux qui y ont accès par l'UNIGE : texte intégral sur Cairn-info
https://shs.cairn.info/le-temps-des-peres--9782348084973?lang=fr&tab=sommaire

Il a longtemps semblé évident que les femmes s'occupaient des bébés et les hommes d'autre chose. N'en a-t-il pas toujours été ainsi ? Lorsque la science de l'évolution est apparue, elle a entériné cette vénérable division du travail : les mâles mammifères ont évolué pour rivaliser entre eux afin d'accroître leur statut et le nombre de leurs partenaires, tandis que les femelles assuraient la gestation, l'allaitement et les soins de la progéniture des vainqueurs. Mais, au XXIe siècle, de plus en plus d'hommes s'occupent tendrement de nouveau-nés. Faut-il simplement l'attribuer à des changements politiques, sociaux et culturels ? Selon Sarah Blaffer Hrdy, ceux-ci ont plutôt permis à un potentiel biologique latent de pleinement s'exprimer. On ne s'est intéressé que tardivement à ce qui se produit dans le corps et le cerveau des hommes qui prodiguent des soins à des bébés. Or, chez ceux-là, des scientifiques ont observé des bouleversements neurologiques et hormonaux comparables à ceux identifiés de longue date chez les femmes qui deviennent mères. Ces dispositions méconnues qui ne demandent qu'à être (ré)activées paraissent d'autant plus inattendues que, si l'investissement paternel est attesté chez de nombreuses espèces d'oiseaux, de poissons et même d'insectes, ce comportement est extrêmement rare chez les mâles mammifères, en particulier chez les grands singes les plus proches de nous. Comment est-il alors apparu dans notre lignée ? En éclairant l'évolution de l'humanité sous un jour surprenant, cet ouvrage magistral nous conduit à envisager autrement les définitions de la masculinité et à mesurer leurs implications pour la société et notre espèce.


Références: