dimanche 16 août 2020

Une méthode simple pour mesurer l'efficacité des masques contre le COVID-19

Mesure peu coûteuse de l'efficacité de masque faciaux pour filtrer les gouttelettes expulsées pendant la parole

Les masques sont exigés dans de nombreux lieux publics et écoles à la rentrée, sans exigences sur leur type ou de certification leur efficacité.
D'un côté on a entendu des doutes sur l'efficacité de simples masques faits maison au début de la crise, d'un autre des considérations écologiques ou autres ont incité certains à les employer. Effarés par le grand nombre de masques jetés dans la nature, doutant de l'industrie et, selon les pays, des autorités sanitaires, certains se sont mis à soupçonner qu'"on" ait semé le doute pour vendre des masques à usage unique. D'autant plus qu'une analyse historique montrant que les masques à usage unique ont remplacé les masques chirurgicaux sans que des mesures réelles d'efficacité aient fondé ce choix, Strasser, B. J., & Schlich, T. (2020).
Alors que les casques sont soumis à des exigences, et doivent porter un label (BPA en Suisse)  Prof. Strasser précise que pour les masques  "Ce label existe en Suisse, mais n'est pas encore utilisé (contrairement à ce que dit l'EMPA, la COVID task-force, et Swiss-textile). En revanche, il existe déjà des masques testés par l'EMPA. Il faut faire une distinction importante (et rarement faite, même par les spécialistes) dans les mesures d'efficacité des masques."

Prof. Strasser précise que : "Les masques peuvent offrir quatre types de protection:

1) protection des autres contre les gouttelettes (ce qui est mesuré dans la recherche citée ici)
2) protection du porteur contre les gouttelettes
3) protection des autres contre les aérosols
4) protection du porteur contre les aérosols
La raisons pour les porter, le calcul des risques, les normes d'efficacité, etc vont varier selon qui le masque doit protéger (le porteur ou les autres) et selon les modèles de contamination (gouttelettes ou aérosols)."

Concernant le cas 1) (la raison principale de l'obligation du masque  dans des lieux publics, si j'ai bien compris ) la nécessité de mesures simples abordables et pertinentes de ces masques est plus forte que jamais. Des chercheurs de l'université américaine de Duke (Fischer, et al., 2020) ont publié un article dans la très bonne revue Science Advances le 7 août avec un titre très explicite : Low-cost measurement of facemask efficacy for filtering expelled droplets during speech. 

Une mesure plus pertinente : compter les gouttelettes à travers le masque quand un sujet parle

Un schéma du système de mesure proposé par Fischer, et al., 2020 est représentée sur la figure 1. En bref, un opérateur porte un masque facial et parle dans la direction d'un faisceau laser projeté à l'intérieur d'une enceinte sombre. Les gouttelettes qui se propagent à travers le faisceau laser diffusent la lumière, qui est enregistrée avec une caméra de téléphone portable. Un algorithme informatique simple est utilisé pour compter les gouttelettes dans la vidéo. Le matériel requis pour ces mesures est couramment disponible; des lasers et des composants optiques appropriés sont accessibles dans des centaines de laboratoires de recherche ou peuvent être achetés pour moins de 200 $, et une caméra de téléphone portable standard peut servir d'appareil d'enregistrement. La configuration expérimentale est simple et peut facilement être construite et exploitée par des non-experts. (Fischer, et al., 2020) Notre traduction.

https://advances.sciencemag.org/content/advances/early/2020/08/07/sciadv.abd3083/F1.large.jpg?width=800&height=600&carousel=1

Fig 1:Schéma du montage expérimental. Un faisceau laser est dilaté verticalement par une lentille cylindrique et éclaire à travers des fentes l'enceinte. La caméra est située à l'arrière de la boîte, un trou à l'avant permet au sujet de parler. En bas à  gauche, l'encart montre la dispersion des particules d'eau d'un vaporisateur avec l'avant de la boîte retiré. Photo Credit: Martin Fischer, Duke University.[img]

Les auteurs soulignent que "nos expériences diffèrent à plusieurs égards des méthodes traditionnelles de validation des masques, telles que l'efficacité de filtration des particules de latex. […]. [Dans le cas 1)] La filtration liquide (et la réduction subséquente de la taille des particules) est plus pertinentes que la filtration solide."  (Fischer, et al., 2020) Traduction.

Leur méthode produit des résultats pour 14 types de masques … troublants

https://advances.sciencemag.org/content/advances/early/2020/08/07/sciadv.abd3083/F2.large.jpg?width=800&height=600&carousel=1
Fig 1: Les masques faciaux étudiés. Fischer et al ont testé 14 masques ou alternatives de masques différents et un tissu pour masque (non illustré).Voir table 1  [img] Crédit photo: Emma Fischer, Duke University

Fischer, et al. (2020) fournissent des exemples de l'efficacité de leur méthode Voir les résultats en figure 2.
On peut relever que le masque de cou (11) (appelé parfois Buff; Gaiter type neck fleece dans l'article) était très peu efficace voire pire que rien (les auteurs évoquent la possibilité qu'il disperse les plus grosses gouttelettes en une multitude de gouttelettes plus petites), ils ont trouvé que le bandana testé (12) est peu efficace, mais que le masque chirurgical jetable (1) testé est parmi les plus efficaces et que certains masques en tissu s'en approchent (4 'PolyProp' et 'Poly/Cotton' 5). 


Droplet transmission              through face masks. (A) Relative droplet transmission              through the corresponding mask. Each solid data point              represents the mean and standard deviation over 10 trials              for the same mask, normalized to the control trial (no              mask), and tested by one speaker. The hollow data points are              the mean and standard deviations of the relative counts over              four speakers. A plot with a logarithmic scale is shown in              Supplementary Fig. S1. (B)The time evolution of the droplet              count (left axis) is shown for representative examples,              marked with the corresponding color in (A): No mask (green),              Bandana (red), cotton mask (orange), and surgical (blue –              not visible on this scale). The cumulative droplet count for              these cases is also shown (right axis).
Fig 1: Transmission relative des gouttelettes à travers le masque correspondant. Chaque point de données solide représente la moyenne et l'écart type sur 10 essais pour le même masque, normalisés à l'essai témoin (sans masque = ~960 gouttelettes donc le bandana laisse passer entre ~25% et et ~78% de ces 960 gouttelettes) et testés par un humain qui parle.
Les points de données creux sont la moyenne et les écarts types des comptages relatifs sur quatre humains qui parlent.  (B) L'évolution temporelle du nombre de gouttelettes (axe gauche) est indiquée pour des exemples représentatifs, marqués de la couleur correspondante en (A): Pas de masque (vert), Bandana (rouge), masque de coton (orange) et chirurgical ( bleu - non visible sur cette échelle). Le nombre cumulé de gouttelettes pour ces cas est également affiché (axe de droite). [img]. Source: Fischer et coll. (2020). [img]. Source :Fischer et al. (2020)

Seul un examen détaillé de ces résultats permet de vraiment comprendre leur portée…Et ce graphique pourrait cristalliser bien des discussions autour des mérites respectifs des masques réutilisables ou jetables.
Il vaut la peine de bien examiner le graphique logarithmique  S1 (Supplementary Materials) qui distingue les valeurs les plus basses, pour distinguer si Les masques chirurgicaux restent les plus efficaces  ou s'ils sont à peine plus efficaces que les masques en coton.


Si on considère comme les auteurs  a) le nombre de gouttelettes qui ont passé ou si on considère b) comme prof. Strasser l'efficacité ( les % de gouttelettes arrêtées) on met en évidence tout autre chose… En
    a) la fig S1 montre un facteur 5 entre les moyennes de gouttelettes qui ont passé à travers les masques chirurgicaux et les meilleurs en tissus lavable alors que dans la perspective.
    Mais comme les chiffres sont très petits d'autres estiment plus pertinente la perspective b)
    b) la fig 1A montre que les masques 'Poly/Cotton' 5, et même les divers masques 'Cotton' 7, 8, 9, 10,13 protègent de 80%-90% et les masques chirurgicaux environ 90%. En résumé dans cette perspective, 80%-90% c'est pas très différent de 90%.
Ce qui est sûr c'est que cet article mérite d'être lu attentivement... et que chacun se fasse une opinion

Fischer et al. ne proposent pas un test complet mais une méthode de test

Si on lit bien, on comprend que l'article de Fischer et al. (2020) ne prétend pas être un test définitif des masques, mais plutôt la mise à disposition d'une méthode de mesure qui soit pertinente et relativement accessible.  "We do not attempt a comprehensive survey of all possible mask designs or a systematic study of all use cases. We merely demonstrated our method on a variety of commonly available masks"  (Fischer, et al., 2020).

Permettant de sortir d'un débat idéologique opposant les inquiétudes diverses ( ceux qui n'ont pas confiance dans l'industrie, ceux qui n'ont confiance que dans le matériel médical à usage unique, ceux qui ont peur pour l'environnement, ceux qui sont inquiets de la gêne occasionnée,…) ces auteurs proposent des mesures relativement faciles à répéter et qui permettront de fonder le choix de chacun sur des données et non des opinions. Des mesures qui pourraient déboucher sur un label, que les associations de consommateurs, les journalistes d'investigation pourront vérifier.

"Our measurement setup is inexpensive and can be built and operated by non-experts, allowing for rapid evaluation of mask performance during speech, sneezing, or coughing."   Cela pourrait établir comment il faut le porter et quels masques réutilisables sont efficaces et dans quelles conditions de nettoyage p. ex.  "En outre, notre méthode pourrait éclairer les tentatives d'amélioration de la formation sur l'utilisation appropriée des masques et aider à valider les approches pour rendre les masques existants réutilisables."(Fischer, et al., 2020) Notre traduction

encourage le lecteur à aller vérifier dans l'article d'origine  : ici

Les titres sensationnalistes dans les médias

Les médias se sont emparés de ces résultats comme s'il s'agissait de réponses définitives. On a là un cas classique de transposition didactique (Chevallard, Y., 1991). :

Le Temps (pourtant pas le plus sensationnaliste) titre ici :"Les masques chirurgicaux restent les plus efficaces contre le Covid-19"  (Le Temps, 11 août 2020)

Alors que Fischer, et al., 2020 titrent "Une méthode simple pour évaluer l'efficacité des masques contre le COVID-19"

On voit  dans ce même article vulgarisé (Le Temps, 11 aout 2020) que les méthodes de mesure, la discussion de leurs limites et potentiels sont réduits au minimum, et qu'on met en avant des résultats présentés comme définitifs :

"Sans surprise, les masques réservés au personnel hospitalier N95 (la norme américaine, équivalente aux FFP2 en Europe) sont les plus efficaces, réduisant la transmission de gouttelettes de plus de 99,9%, par rapport à une personne parlant sans masque.
Suivent les masques médicaux à trois couches, qui la réduisent de plus de 90%, et juste derrière les masques en polypropylène et coton/polypropylène. Pour les masques faits maison en coton, la réduction oscillait entre 70 et 90%, selon le nombre de couches et le plissage. Les bandanas réduisaient les gouttelettes de 50%."

Le Temps ne relève pas la possibilité de tester divers masques réutilisables pour identifier ceux qui seraient aussi efficaces que les jetables - historiquement une troublante lacune que relèvent Strasser, B. J., & Schlich, T. (2020).

Pourtant Fischer, et al., 2020 présentent une méthode et quelques exemples, puis en discutent les limites et les potentiels, permettant à d'autres d'obtenir des données et discuter... par exemple mesurer l'efficacité globale, tenant compte de la manière de le porter. En effet le meilleur masque, s'il est mal ajusté pourrait bien être moins efficace qu'un masque moins efficace qui serait bien ajusté au visage.

Selon professeur Strasser, "il y a encore des expériences cruciales à faire sur les masques, notamment pour savoir quelle proportion de flux d'air passe par le masque. Ça ne sert à rien de tester les tissus quand une grosse fraction de l'air passe par les côtés,… ce qui n'est pas une mauvaise chose pour le cas 3, car des études anciennes indiquent qu'avec les masques trop étanches (genre N95), on aspire tellement fort à travers le masque que l'on fait sécher les gouttelettes et on finit par aspirer les particules virales."

Essayer de réaliser l’expérience de comptage des gouttelettes traversant les masques à l’école, avec les élèves ?

Un collègue suggère  » Si on montait un protocole applicable à l’école en cours de science (bio, physique, voire chimie), ce serait très cool, non ?
Chaque élève pourrait tester l’efficacité de son masque. »
N’hésitez pas à le contacter en répondant à  Jump-To-Science qui transmettra

encourage le lecteur à aller vérifier dans l'article d'origine  : ici

Toutes ces mesures sont désormais possible, et à la portée même de citoyens enthousiastes puisqu'ils publient leur méthode en détail et que leur article est distribué librement, pour autant qu'on les cite :

https://creativecommons.org/licenses/by-nc/4.0/

This is an open-access article distributed under the terms of the Creative Commons Attribution-NonCommercial license, which permits use, distribution, and reproduction in any medium, so long as the resultant use is not for commercial advantage and provided the original work is properly cited.

Références:

Remerciements 

Remerciements au professeur B. J. Strasser pour ses commentaires et précisions. Dr Laura Weiss pour sa relecture attentive et des commentaires judicieux 

vendredi 3 juillet 2020

Pour ceux qui adorent l'informatique


Nous recevons ce message assez tardivement, et le délai d'inscription est au milieu des vacances ....  mais peut-être que les élèves potentiellement intéressés sont encore connectés durant les vacances :-))

Une semaine fascinante en informatique

Cher·e·s enseignant·e·s partenaires de Science et jeunesse,
J’ai le plaisir de vous annoncer l’ouverture des inscriptions pour la Semaine d'étude "Fascinating Informatics" qui aura lieu du 6 au 11 septembre 2020.
Au cours de cette semaine, les élèves auront l’opportunité de participer à l’un des différents projets informatiques concoctés par nos partenaires des Universités de Bâle, Berne, Lugano, de la Haute école spécialisée Nordwestschweiz Brugg-Windisch et des CFF.
Nul besoin d’être un·e professionnel·le de l’informatique, l'offre s'adresse à tout·e élève intéressé·e à approfondir ses connaissances en la matière. Cette semaine représente une opportunité unique de collaborer avec des expert·e·s venant de différents horizons universitaires et industriels, tout en découvrant des projets de recherche passionnants!
Vous trouverez de plus amples informations sur notre flyer de présentation, ainsi sur notre site internet. Le délai d’inscription est fixé au dimanche 26 juillet 2020. Notre responsable de projet Victor Varga (studyweek@sjf.ch ou 031 511 52 53) se tient à votre disposition pour toute demande spécifique. Nous comptons sur vous pour diffuser l’annonce de cette Semaine d'étude au sein de vos classes et de votre établissement! 
Inscription au 55ème Concours national
Notre plateforme pour les inscriptions au Concours national sera accessible dès début juillet sur notre site internet. N’hésitez pas à communiquer cette information à vos étudiant·e·s intéressé·e·s avant les vacances d’été. Toutes les informations nécessaires vous seront transmises prochainement.
Je vous remercie pour votre collaboration, et vous transmets mes meilleures salutations,

Michael Posse
Verantwortlicher ad interim Ambassadoren-Netzwerk
Responsable ad interim Suisse romande
 

Une première édition virtuelle réussie pour le 54ème Concours national:

Découvrir les vidéos des finalistes et liker vos favorites pour le Prix du public!
Roboter  www.sjf.ch
Haus  Aarbergergasse 40 | 3011 Berne
Hörer   +41 79 461 83 02
Glühlampe   Lundi, mardi, mercredi




lundi 8 juin 2020

Comment le stress produit des cheveux gris

Le stress accélère le grisonnement des cheveux

On lit souvent que les cheveux de Marie-Antoinette (1755–1793) seraient devenus blancs en une nuit juste avant sa décapitation. Cette histoire est probablement apocryphe, ou inexacte (il s'agirait soit d'une variante d'alopecia areata diffusa, une maladie autoimmune causant la perte sélective des cheveux pigmentés, ne laissant que les cheveux blancs (Navarini & Nobbe, 2009), soit plus simplement d'un manque de teinture à cheveux durant son emprisonnement) mais le grisonnement rapide des cheveux reste souvent appelé syndrome de Marie-Antoinette. On suppose généralement que ce phénomène est causé par le stress. Cependant, la part de plusieurs causes sur ce grisonnement n'est pas connues : vieillissement, facteurs génétiques, stress  - en partie en raison d'un manque de compréhension des mécanismes du processus. Dans la revue Nature, Zhang et al. (2020) ont identifié le mécanisme régissant le vieillissement prématuré chez les souris qui ont subi un stress : c'est la noradrénaline libérée par les neurones du système nerveux sympathique suite au stress qui stimule  tellement les cellules-souches du follicule pileux qu'il n'en reste plus pour produire des mélanocytes qui pigmenteraient le cheveux. Les auteurs s'interrogent sur le rôle évolutif de ce mécanisme de grisonnement souvent observé chez des chefs d'état durant leur fonction (Obama par exemple). Adapté d'après une News and Views de Nature (Clark, S. A., & Deppmann, C. D. (2020) ici

Comment les cheveux sont-ils normalement colorés ?

Le cuir chevelu humain a en moyenne 100 000 follicules pileux, produisant des cheveux dans une large gamme de couleurs. Cette couleur est déterminée par des cellules appelées mélanocytes, qui produisent différentes combinaisons de pigments de mélanine absorbant la lumière. Les mélanocytes sont dérivés de cellules souches mélanocytaires (MeSC), qui sont situées dans une partie du follicule pileux appelée renflement. Le cycle normal des cheveux est divisé en trois phases: la régénération du follicule pileux (anagène), dégénérescence (catagène) et repos (télogène). La production de mélanocytes commence tôt dans la phase anagène (Fig. 1a). À mesure que les gens vieillissent, le stock de MeSC est progressivement épuisé - et la chevelure devient alors de couleur «poivre et sel», puis grise et enfin blanche après une perte complète de pigment dans tous les follicules pileux.Traduit d'une News and Views de Nature (Clark, S. A., & Deppmann, C. D. (2020) ici

Comment le stress accélère-t-il le grisonnement des cheveux ?


Fig 1:Les cellules souches des mélanocytes (MeSC) sont situées dans le renflement du follicule pileux, qui est innervé par les neurones du système nerveux sympathique qui libèrent la molécule de neurotransmetteur noradrénaline. Le follicule passe par trois phases: régénération (anagène), dégénérescence (catagène) et repos (télogène). [img]. Source :Zhang, B.,et al. (2020)


Figure 1  a, Dans des conditions normales, les MeSC migrent loin du renflement (flèches rouges) et se différencient en mélanocytes pendant la phase anagène. Les mélanocytes synthétisent des pigments qui ajoutent de la couleur aux cheveux en régénération. Pendant la phase catagène et télogène, ils commencent à mourir et à migrer hors du micro-environnement particulier de ce renflement appelé « niche » (non illustré). Cependant, de nombreuses MeSC restent pour remplacer les mélanocytes lors de la prochaine phase anagène.
Figure 1  b, Zhang et al. montrent que des stimuli stressants activent le système nerveux sympathique, augmentant la libération de noradrénaline dans les follicules pileux. La noradrénaline provoque une conversion de tous les MeSC en mélanocytes, qui migrent hors de la « niche » lors des phases catagène et  télogène. Le follicule pileux est alors privé de MeSC qui pourraient se différencier pour remplacer ces mélanocytes. Sans cellules pigmentaires pour colorer les cheveux lors de la prochaine phase anagène, ils poussent gris voire blancs.
encourage le lecteur à aller vérifier dans l’article d’origine :  ici

Comment Zhang et al. ont-ils pu établir ce mécanisme ?

Outre le vieillissement naturel, plusieurs facteurs provoquent un vieillissement prématuré, notamment des carences alimentaires, des troubles tels que l'alopecia areata (ou vitiligo) et le stress. Zhang et al. ont cherché à tester le rôle du stress dans le processus de grisonnement chez la souris. Ils ont exposé les animaux à trois facteurs de stress différents - la douleur, la contention et un modèle de stress psychologique - au cours des différentes phases de la croissance des poils. Chaque facteur de stress a provoqué l'épuisement des MeSC de la région de renflement, ce qui a finalement conduit au développement de plaques de poils blancs.

On supposait alors que le grisonnement induit par le stress impliquerait des hormones (comme la corticostérone) ou des réactions auto-immunes. Zhang et ses collègues ont examiné ces mécanismes potentiels, d'abord en empêchant la signalisation de la corticostérone et ensuite en stressant les animaux dont le système immunitaire était compromis. Dans les deux cas, le grisonnement s'est produit après le stress, ce qui indique que ni la corticostérone ni les réactions auto-immunes ne provoquent une déplétion en MeSC. Cependant, les auteurs ont découvert que les MeSC expriment des récepteurs β2-adrénergiques, qui répondent à la noradrénaline - un neurotransmetteur impliquée dans la réponse au stress. La perte de ce récepteur spécifiquement dans les MeSC a complètement bloqué le grisonnement induit par le stress.

Les chercheurs ont découvert que c'est la noradrénaline produite par  le système nerveux sympathique (SNS)-  très actif en réponse au stress - qui est en jeu ici (et non celle produite par les glandes surrénales). Zhang et ses collègues ont montré que les renflements sont fortement innervées par les neurones sympathiques et que le blocage du SNS à l'aide d'une molécule de neurotoxine, ou le blocage de la libération de noradrénaline par les neurones sympathiques, empêchait le grisonnement induit par le stress. Ensuite, les auteurs ont généré des souris dans lesquelles les neurones sympathiques pouvaient être activés de manière aiguë, et ont constaté que la suractivation du SNS chez ces souris provoquait un grisonnement en l'absence de stress. Ensemble, ces résultats indiquent que la noradrénaline libérée par les neurones sympathiques actifs déclenche la déplétion MeSC (Fig. 1b).

Comment exactement l'activité sympathique provoque-t-elle une déplétion des MeSC des follicules pileux?

Normalement, ces cellules souches sont maintenues dans un état dormant jusqu'à ce qu'une repousse des cheveux soit nécessaire. Cependant, lorsque les chercheurs ont suivi les MeSC marqués avec une protéine fluorescente, ils ont découvert que la prolifération et la différenciation des MeSC augmentaient nettement lors d'un stress extrême ou une exposition à un niveau élevé de noradrénaline. Il en résulte une migration massive des mélanocytes hors du renflement n'y laissant plus de cellules souche. Pour confirmer davantage ce résultat, les chercheurs ont supprimé la prolifération MeSC pharmacologiquement et génétiquement. Lorsque la prolifération a été ralentie, les effets du stress sur la prolifération, la différenciation et la migration du MeSC ont été bloqués.
encourage le lecteur à aller vérifier dans l’article d’origine :  ici

Et en français ?

Un article vulgarisé :
  • Corlet. T. (2020) quand la peur donne des cheveux blancs, Science et Vie Junior Juillet 2020.extraits intranet.pdf

Quel rôle évolutif ?

Les auteurs s'interrogent sur l'avantage évolutif que pourrait conférer ce le grisonnement induit par le stress. Parce que les cheveux gris sont le plus souvent liés à l'âge, ils peuvent être associés à l'expérience, au leadership et à la confiance. Par exemple, les mâles adultes de gorilles de montagne "dos argentés"  (Gorilla beringei beringei), qui ont les poils gris sur le dos après avoir atteint leur pleine maturité, continuent à diriger un groupe de gorilles. Les auteurs émettent l'hypothèse qu’un animal qui a subi suffisamment de stress pour «acquérir» des cheveux gris a une place plus élevée dans l’ordre social que celle que lui conférerait normalement l’âge ?

Un peu de mise en perspective

Quelques pistes pour aider les élèves à développer la lecture critique :

  • Le fait d'étudier un phénomène chez la souris pour comprendre un mécanisme intéressant les humains repose sur l'idée d'unicité fondamentale entre les mammifères.  
  • L'étude sur des souris se transpose-t-elle automatiquement à l'humain ?
  • Quelles arguments, basés sur quelles données, ont suffi a convaincre de nombreux auteurs que les cheveux de Marie-Antoinette ont blanchi en une nuit. Une telle justification aurait-elle suffi pour être publié ou qualifié de scientifique ?
  • Pourquoi Zhang et al. ont-ils supprimé la prolifération MeSC pharmacologiquement et génétiquement alors qu'ils avaient mis en évidence un mécanisme expliquant bien l'effet du stress pour produire le grisonnement des cheveux.
  • Les rapports sociaux chez les gorilles sont-ils pertinents à une société qui cherche à devenir plus égalitaire ?

D'autres recherches sur les cheveux

(Les membres Expériment@l-Tremplins peuvent obtenir ces articles…)

Références:

Une semaine d'observations scientifique dans la nature au Val Müstair (IWRW) 2020

Science et jeunesse propose une belle opportunité pour vos élèves d’aller passer une semaine dans la nature cet été.  :
cid:image001.jpg@01D50395.7AB37790

International Wild Research Week (IWRW) 2020 
 
L’IWRW aura cette année lieu dans le Val Müstair (GR) du 18 au 25 juillet 2020. Cette semaine est ouverte aux élèves (16-20 ans) qui s’intéressent à l’écologie ou à la biologie comportementale. 
 
Au cours de cette semaine, les participant·e·s découvriront la démarche et les exigences d'un biologiste sur le terrain: à quoi doit-on être attentif·ve lors de la définition d’une question de recherche? Comment planifier une expérience et collecter des données sur place? Comment ces données sont-elles évaluées statistiquement? Comment les présenter oralement et par écrit au grand public? Autant de questionnements que les participant·e·s seront amené·e·s à poursuivre en pleine immersion. 
 
Vous trouverez de plus amples informations sur notre flyer de présentation ainsi sur notre site internet. Le délai d’inscription est fixé au dimanche 14 juin 2020. Notre responsable de projet Victor Varga (studyweek@sjf.ch ou 031 511 52 53) se tient volontiers à votre disposition pour toute demande spécifique. 
 
A propos de la situation liée au COVID-19 : Nous partons du principe que la Semaine d'étude aura lieu en juillet comme initialement prévu. Les réglementations nationales et cantonales ainsi que les mesures de sécurité seront bien entendu évaluées en permanence et les participant·e·s seront informé·e·s en conséquence. De plus, cette année, la participation ne sera possible que pour les jeunes suivant une scolarité en Suisse. Merci également de prêter attention aux informations figurant sur notre flyer de présentation. 
 
Merci d’avance de diffuser l’annonce de cette Semaine d'étude au sein de vos classes et de votre établissement!   
En vous remerciant pour votre collaboration, je vous transmets mes salutations les meilleures. 
Michael Posse
SCIENCE ET JEUNESSE
Michael Posse