lundi 20 juillet 2009

H1N1 : faut-il paniquer ? Comment se tenir à jour ?

La grippe : faut-il paniquer ?

La grippe A H1N1 fait à nouveau parler d'elle dans les médias et on sent bien que le risque qu'elle se développer en suisse à l'automne est considérable. Argentines have been travelling abroad to buy flu drugs.Entre insouciance et panique déraisonnable, quelle attitude avoir ? Comment informer les élèves sur le plan scientifique, (en complément de l'action du service de santé de la Jeunesse) ? Une interview le 17 Juillet de la Prof Claire-Anne Siegrist ici en audio décrit avec calme et précision comment appliquer les recommandations de l'OFSP notamment sur le port du masque. Pour le moment elle recommande de profiter de l'été, d'embrasser ses amis et d'acheter une boite de masques à l'occasion. Cela pourrait évoluer, bien sûr. Voici donc quelques sources d'information authentique et sérieuses pour trouver - ou faire trouver aux élèves - des réponses raisonnables quand les médias s'emballeront dans le sensationnalisme. Voir aussi bio-tremplins du 26 avril

Des sources pour savoir quoi faire...

Le SSj nous a envoyé le 16.juin. ceci :

Nous vous invitons à consulter régulièrement les sites d'information suivant: www.ge.ch/pandemie (Etat de Genève) et www.pandemia.ch (OFSP). A noter toutefois qu'il n'y a pour l'heure aucune restriction de voyage.

Le Service de santé de la jeunesse (tel 022 546 41 00) reste à votre disposition pour tout renseignement complémentaire.

Office fédéral de la santé publique (OFSP)

Grippe pandémique (H1N1) 2009 Cette forme de grippe particulière est causée par une nouvelle souche virale du sous-type A(H1N1). Elle résulte de la combinaison de deux virus porcins, d'un virus aviaire et d'un virus humain, d'où son nom : « grippe porcine ». Cette dénomination est d'autant plus trompeuse que la maladie ne circule pas chez les porcs mais chez les humains. Il est vrai que les porcs sont, eux aussi, régulièrement touchés par la grippe. Les virus grippaux porcins dits « normaux » ne se transmettent cependant que très rarement à l'Homme. En pareil cas, toutefois, ils ne sont pas à l'origine d'une transmission interhumaine. Le virus qui a fait son apparition au Mexique, par contre, se transmet d'un être humain à l'autre : il est véhiculé par la projection de gouttelettes lorsqu'une personne atteinte éternue ou tousse, ou par le contact avec des surfaces contaminées (p. ex., lors d'une poignée de main).
On y trouve notamment :
Foire aux questions sur la grippe pandémique (H1N1) 2009 (appelée jusqu'ici grippe porcine) PDF, 61 kB 14.07.2009
Règles d’hygiène individuelles Informations aux médias 2009
Un coup de gueule sur la disproportion entre les moyens pour lutter contre cette grippe et ceux pour lutter contre les maladies du tiers-monde.


Des sources pour comprendre...

SwissProt devenu UniProt offre une ViralZone ici avec une page sur le virus de la grippe (influenza en anglais) ici pour influenza A : on y trouve une ine d'informations précises et précieuses, notamment :
GENOME


Fig : Segmented ssRNA(-) linear genome, encapsidated by nucleoprotein (NP).Contains 8 segments coding for 11 proteins.Segments size range from 890 to 2,341nt. Genome total size is 13.5Kb Source Viralzone / UniProt

Nature a une section spéciale ici avec notamment
    • Exposure to one pandemic may protect against the other.
    • Cette recherche suggère que l'immunité contre la grippe de 1918 protègerait contre l'actuelle. En effet la grippe A(H1N1) touche plus les jeunes et étonnamment moins les personnes agées. (33% des échantillons de ceux de plus de 60 ans avaient des anticorps qui réagissaient contre le virus A(H1N1), contre 6%-9% de ceux pris chez des 18–64 ans, et aucun de ceux pris chez des enfants. 1.) L'expérimentation sur les animaux sensibles à la grippe a permis de déterminer qu'elle atteint plus les poumons que la grippe saisonnière. Et que les antigrippaux sont actifs contre cette souche
Fig 1 : la souche du virus A(H1N1) — dont le nom officiel est A/California/D4/2009 — se compose de huit segments (barres colorées) qui ont été recombinées au coours du temps avec d'autres souches de virus humains et d'autes espèces ( autant pour la prétendue barrière des espèces...) .source l'article: How severe will the flu outbreak be? Gavin Smith [img]

science logoScience maintient une section à jour ici Science reporters are following the swine flu epidemic with breaking news and exclusive analysis, coordinated and edited by Leslie Roberts. On y trouve notamment
  • les premiers résultats de tests sur des furets dont le nez fonctionne un peu comme le nôtre. L'expérimentation y a permis de trouver que le virus atteint plus en profondeur les poumons (cf figure ici VINCENT J. MUNSTER ET AL., SCIENCE ) et donc de mieux préparer la lutte contre la pandémie. Going deeper. Both seasonal and pandemic H1H1 infect ferrets' nasal cavities (top), but only the pandemic virus penetrates into the lungs (bottom right).,,CREDIT: VINCENT J. MUNSTER ET AL., SCIENCE

    Ferrets Shed Light on New Virus's Severity and Spread

    Martin Enserink

    Science 3 July 2009: 17.

    When scientists want to know how a new flu strain behaves, one of the first things they do is squirt it up the noses of ferrets. The small carnivores' responses often closely resemble those of humans, assuring them the unenviable status of flu virologists' favorite model animal. Summary » Full Text » PDF »

  • Un article qui révèle l'évolution des combinaisons de segments qui font le virus actuel. Leur séquence porte encore la trace de leur origine.

New Details on Virus's Promiscuous Past

Jon Cohen

Science 29 May 2009: 1127.

An international team of scientists working at breakneck speed has provided the most detailed description yet of the origins of the novel H1N1 swine flu virus now causing a global outbreak, published online by Science on 29 May. Summary » Full Text » PDF »


Nous offre une carte de la répartition des cas - à jour en permanence -
Fig 2 : La carte de répartition des cas [img]de a (H1N1) : cliquer pour accéder à la carte a jour! Track the current H1N1 case count, brought to you by Health Map
Utiliser des ressources authentiques pour informer les élèves c'est peut-être contribuer à donner du sens à l'enseignement de la science en classe. Leur apprendre à s'informer eux-mêmes et à remonter à la source de l'information c'est les rendre moins un peu moins dépendants des médias, aider - un peu - à en faire des citoyens responsables.

Les séquences du virus pour explorer ...

Le NCBI maintient les séquences et les met à disposition de tous - même en classe ! Pour aider à rationaliser, et aborder la génétique à partir du vécu des élèves, c'est une possibilité fantastique
06/19/2009: Pandemic (H1N1) 2009 virus sequences can now be retrieved from the database by selecting "Sequences from 2009 H1N1 outbreak only".
  • More news On peut y trouver les séquences authentiques de l'ARN du virus (il a 10 gènes sur 8 molécules d'ARN séparées) ; je me suis amusé à en sélectionner une séquence d'un fragment d'une molécule d'origine canadienne ici de 2308 bases Le fait que le virus soit composé de plusieurs fragments et leurs recombinaisons possibles peut être un thème fascinant à explorer avec les élèves ... Peut-être est-ce l'occasion de faire le pas d'intégrer un peu d'authentique de cette biologie des génomes dans nos cours ...
Liens

Mis à jour le 22 Juillet : ajouté viralzone de Uniprot, le 3 aout : ajouté l'article de V.Martinache, une sélection de liens sur la grippe

samedi 27 juin 2009

Bilan des Bio-Tremplins 09 : bien lues, utiles, pour la curiosité et le prof, donnent du recul et les tendances recherche / UniGe

… dans le fond que sont les Bio-Tremplins ?

La discipline de référence biologie subit une profonde mutation et les connaissances augmentent énormément : l’enseignement doit prendre en compte cette évolution. Cette publication électronique a été renommée Bio-Tremplins pour se distinguer d’un review qui « ferme le sujet » et mettre en évidence son rôle d’ouverture et d’incitation à accéder à la littérature primaire. Cette publication électronique veut être un lien, un tremplin entre la recherche, l'université et les maîtres de biologie. Sans tenter de vulgariser encore une fois ce qui l'est déjà dans des revues excellentes, il s'agit de sélectionner, de rassembler des recherches disparates sur un thème et de les mettre en perspective, mais aussi de faciliter pour les maîtres l'accès à la source des informations. Elle veut aussi être un pas – modeste – pour mettre au point les nouvelles façons dont les connaissances se construisent dans une société en mutation où la capacité à accéder à l'information et à se construire ses des connaissances est décisive et nécessite de nouvelles compétences. Elles seront reconduites en 09-10.

Brève analyse des données du questionnaire Bio-Tremplins juin 09

Vous avez été nombreux à répondre au questionnaire sur les bio-tremplins. Une analyse visant à dégager les éléments principaux concernant les usages et l’influence sur l’enseignement de cette publication est maintenant terminée et permettra encore de les optimiser.

Synthèse expresse

Les Bio-Tremplins sont bien lues, considérées comme franchement utiles, sont exploitées parfois en classe, mais plutôt à travers l’activité du maître. Les Bio-Tremplins sont plutôt utilisés comme Review que comme tremplins vers la littérature primaire. L'équilibre longueur / précision parait adapté à la grande majorité. Les répondants disent qu'elles stimulent leur curiosité, qu'elles donnent du recul sur l'évolution de la discipline, qu’elle modifie petit à petit leur regard sur le biologie et influe sur leur enseignement. Elles les aident un peu à prendre conscience de la recherche à l'UniGE


Une analyse plus détaillée est disponible ici

Le blog pour retrouver des anciens messages ?

Vous le savez peut-être, un blog, accessible ici capitalise les Bio-Tremplins et les rend accessibles dans la durée.

On peut aussi rechercher une publication Bio-Tremplins ou un thème par mot-clé et retrouver les anciens messages avec le moteur de recherche qui est accessible tout en haut à gauche. Vous pouvez aussi commenter les articles et les compléter ou les discuter.

Liens

mercredi 17 juin 2009

La peau du lait et les vedettes du 450ème

Pourquoi se forme-t-il une peau sur le lait ?

Les élèves ont souvent ce genre de questions apparemment simples. Et l'école propose plutôt des réponses à des questions sur la structure de l'oreille interne, ou les classes d'arthropodes... Pourtant il existe des chmistes qui abordent scientifiquement ces questions notamment Hervé This qui donne une conférence mardi prochain dans le cadre du 450ème.... voir plus bas avec d'autres très passionnantes aussi !

Un spécialiste pour comprendre la gastronomie : une science qui a de la saveur!

J'ai ouvert un de ses excellents ouvrages : Les Secrets de la casserole, qui apporte des réponses à de nombreuses questions en abordant la cuisine avec l'expertise d'un physico-chimiste et rend intelligible bien des mystères comme l'épaississement des sauces ou le murissement des tomates. Pourquoi doit-on laisser reposer une pâte avant de la cuire? Pourquoi les fèves sont-elles flatulentes? Comment rattraper une liaison à l'oeuf qui a tourné? Pourquoi la farine épaissit-elle les sauces? Où agissent les micro-ondes? thisJ'y ai trouvé la réponse à la question en exergue ....
"Naturellement le lait n'est pas qu'eau et matière grasse, [...] De fait, le lait contient également des protéines et diverses autres molécules « tensio-actives»,[...] les molécules de caséine.[...] Quand on chauffe le lait, [...] à température supérieure à 80 degrés, la caséine coagule. [...]la caséine qui a coagulé [...] forme une couche continue à la surface du lait, la peau. " This, H. (1993) p.29
J'émets l'hypothèse que cette peau apparait plus facilement au refroidissement car le lait est alors moins agité de convection. Quelqu'un peut confirmer ?

Pourquoi le lait déborde-t-il si facilement ?

voici le § complet qui centré sur la raison du débordement du lait
"Naturellement le lait n'est pas qu'eau et matière grasse, car les deux corps ne se mélangent pas: du beurre fondu et de l'eau restent séparés (en science, on dit qu'ils forment deux « phases ») ; et avec du beurre non fondu, le divorce est encore pire. De fait, le lait contient également des protéines et diverses autres molécules « tensio-actives», c'est-à-dire qui ont une partie soluble dans l'eau et une partie soluble dans la matière grasse. En plaçant au contact de l'eau leur partie soluble dans l'eau et au contact de la graisse leur partie soluble dans la graisse, ces molécules tensio-actives forment un enrobage qui délimite les globules de matière grasse, les stabilise (relativement) et assure leur dispersion dans l'eau. Cette stabilisation est renforcée par les molécules de caséine, qui, à la surface des globules, assurent une répulsion mutuelle de ceux-ci parce qu'elles sont négativement chargées. Toutefois les répulsions dues aux caséines, notamment, ne suffisent pas à éviter la coalescence occasionnelle des globules, c'est-à-dire leur fusion: dans un liquide, les globules sont en mouvements incessants, à des vitesses variables; ceux qui sont les plus rapides parviennent à se rencontrer et à fusionner en globules plus gros. Or plus les globules sont gros, plus les forces de répulsions deviennent faibles par rapport à la poussée d'Archimède. Progressivement les globules grossissent et montent: la crème s'établit à la surface de l'émulsion. Quand on chauffe le lait, l'effet est encore plus rapide, car les globules sont eux-mêmes plus rapides: leurs chocs provoquent plus souvent leur fusion et, à température supérieure à 80 degrés, la caséine coagule. Cette coagulation a deux effets: la caséine qui a coagulé ne protège plus les globules, et elle forme une couche continue à la surface du lait, la peau. La vapeur d'eau qui se forme au fond de la casserole, progressivement piégée sous la peau, soulève cette dernière... et verse sur la cuisinière avec une abominable odeur d'oeuf pourri. "p.28-29

Références

  • This, H. (1993). Les Secrets de la casserole Paris: Belin.
A l'occasion des festivités du 450ème de l'université de Genève, des spécialistes offrent leurs connaissances au public : profitons-en !
Nous avons le plaisir de vous présenter les prochains événements de la commémoration du 450e anniversaire de l'UNIGE.

Conférence-discussion Gastronomie moléculaire Mardi 23 juin, de 12h30 à 13h30, Uni Dufour

Une conférence d'Hervé This, professeur et directeur scientifique de la Fondation Sciences & Culture alimentaire, Académie des sciences de Paris

http://www.unige.ch/450/animations/cafes/gastronomie.html --------------------------------------------------------------------------------------------------------

Café du 450e Gastronomie moléculaire Mardi 23 juin, de 18h à 19h30, Restaurant du Parc des Bastions

Un rendez-vous thématique avec le prof. Hervé This (directeur scientifique de la Fondation Science & Culture Alimentaire, Académie des sciences de Paris), le Dr Marc Heyraud (Université de Neuchâtel), Denis Martin (patron du restaurant «Denis Martin» à Vevey) et Alain Giroud (chroniqueur gastronomique, Tribune de Genève)

http://www.unige.ch/450/animations/cafes/gastronomie.html --------------------------------------------------------------------------------------------------------

Sport Finales du Championnat européen universitaire de badminton Mercredi 24 juin, dès 14h, Uni Mail

L'UNIGE accueille, du 20 au 24 juin, le 6e Championnat d'Europe universitaire de badminton. Des athlètes de l'Europe entière et les meilleures raquettes académiques au niveau mondial sont attendus.

Championnat par équipe: 20 et 21 juin Compétitions individuelles: 22 et 23 juin Centre sportif de la Queue d'Arve , 12 rue François- Dussaud

Finale: 24 juin dès 14h Uni Mail

http://www.unige.ch/450/sport.html --------------------------------------------------------------------------------------------------------

Festival Science-Cité Basecamp09 du 26 juin au 1er juillet, Uni Mail

Au coeur de la ville, retrouvez l’exposition nationale sur les changements de l'environnement, 3 spectacles inédits, des cafés des sciences, des conférences, la Maison du Vélo, divers ateliers pour les enfants et les plus grands ainsi que des excursions dans des sites de la région genevoise…

http://www.unige.ch/450/animations/basecamp.html --------------------------------------------------------------------------------------------------------

Samedi de l'UNIGE Le climat au fil du temps Samedi 27 juin, entre 14h et 17h, Uni Mail

Plonger ses mains dans la terre, observer les cernes des arbres, lire des carottes de sédiments, observer l'évolution des villes: des manipulations qui permettent de reconstituer le climat des temps passés.

http://www.unige.ch/450/animations/samedis/environnement.html --------------------------------------------------------------------------------------------------------

Exposition européenne Matière première - Nous avons tous 14 milliards d'années! jusqu'au 28 juin, de 9h à 19h30, du mardi au dimanche, Uni Dufour

dfg

http://www.unige.ch/450/expositions/matierepremiere.html --------------------------------------------------------------------------------------------------------

Exposition-jardin Emotions de collections, collections d'émotions jusqu'au 29 septembre, Conservatoire et Jardin botaniques

re

http://www.unige.ch/450/expositions/emotionscollections.html --------------------------------------------------------------------------------------------------------

Exposition Faces à faces jusqu'au 30 septembre, Uni Dufour

fdg

http://www.unige.ch/450/expositions/faces.html --------------------------------------------------------------------------------------------------------

Exposition urbaine Savants citoyens jusqu'au 18 octobre, 22 postes menant du Collège Calvin à la place des Nations

df

http://www.unige.ch/450/expositions/savantscitoyens.html --------------------------------------------------------------------------------------------------------

En espérant que ce programme suscitera votre intérêt et que nous serons nombreux à nous retrouver lors de ces différentes manifestations, recevez, Madame, Monsieur, nos salutations les plus cordiales.

Retrouvez l'intégralité du programme sur: http://www.unige.ch/450

lundi 15 juin 2009

Encore un chainon manquant de moins...

Puijila darwini quand le phoque était encore terrestre

Des chercheurs canadiens (Rybczynski, Natalia et al., 2009) ont trouvé par hasard dans le grand nord canadien un squelette fossile d'un ancêtre des pinnipèdes (phoques, morses, etc ) vieux de 20 à 24 millions d'années qui aide à comprendre cette transition vers la mer. Picture of Puijila darwini

Fig 1 : Le squelette de Puijila darwini comble une lacune et aide à s'imaginer à quoi les pinnipèdes ressemblaient (en haut) avant de retourner à la mer. Credit: Alex Tirabasso, Canadian Museum of Nature; (inset) Stefan Thompson

Dans une news de science, Grom, Jackie. (2009) présente la découverte fortuite de chercheurs tombés en panne d'essence... En attendant les autres vers leur véhicule, l'un d'eux gratte égligemment le sol et découvre des fragments de fossile : un tibia et d'autres os. Revenus dès que possible Rybczynski, Natalia et al. (2009) ont extrait de strates datées du miocène une grande partie du squelette et le crâne d'un animal d'environ 110 cm encore inconnu, muni de pattes non palmées, d'une longue queue qui ressemblait à une grande loutre. L'animal était sans doute principalement terrestre, mais nageait fort bien. Reconstruction of skeleton showing preserved bones in dark grey.
Fig 2 : Le squelette de Puijila darwini En gris foncé les parties retrouvées.

a, Palatal view of skull; b, lateral view of skull and mandible, left side; c, occlusal view of left mandible. Stippling represents matrix, hatching represents broken bone surface. The images are of three-dimensional scans. The brain case was scanned using computed tomography, whereas all other elements were surface scanned.
Fig 3 : Le crâne de Puijila darwini En gris foncé les parties retrouvées

La transition vers la mer s'est produite plusieurs fois chez les mammifères (les cétacés, sireniens, pinnipèdes et les otaries) et les fossiles des premiers pinnipèdes disponibles jusqu'ici étaient déjà palmés. Voir aussi le blog Bio-tremplins sur l'origine des cetacés. Si Rybczynski, Natalia et al. (2009) ne pensent pas que Puijila soit l'ancêtre de tous les pinnipèdes, ils estiment qu'il éclaire cette période de transition et suggèrent qu'elle a pu se produire dans le canada arctique.

Pour situer les pinnipèdes... dans des classifications en mouvement

  • Pour les situer on peut par exemple aller dans uniprot-taxonomy ici Ils ont classé les pinnipèdes dans les caniformes On voit ici encore avec frustration que les classifications évoluent aussi. Irritante conséquence de la progression des connaissances.
Strict consensus cladogram of the eight most parsimonious trees. See Methods and Supplementary Information for additional details.
Fig 4 : Puijila dans la classification , ou plus exactement : le cladogramme de strict consensus issu des huit arbres les plus parsimonieux. See Methods and Supplementary Information for additional details
.

Et encore un chaînon manquant de moins...

Ainsi la masse des fossiles qui tracent en pointillé l'évolution est encore un peu plus complète. Cette masse immense est difficile à prendre en compte entièrement pour un non spécialiste. Ces pointillés qui se dessinent et redessinent une image du passé toujours plus complète, toujours incomplète, montrent bien le mouvement de la science. Par petits pas hésitants, tantôt en avant, tantôt en arrière... donnant par moment l'impression d'une incertitude, mais fournissant bon gré mal gré une compréhension enrichie de notre monde, un éclairage qui révèle ce qu'on ne voit pas facilement.
"Toute discipline digne de ce nom permet et produit un regard « extra-ordinaire », qui ouvre à une compréhension neuve échappant au sens commun."
Astolfi, J. P. (2008). p. 205

Sources

mardi 9 juin 2009

Nuit de la science ... déjà la journée !

L'Université déroule le tapis rouge pour accueillir le public

Samedi 13 juin, l’Université ouvre ses portes et présente au public toute la diversité de sa recherche scientifique et de son enseignement. A 22 heures, le rideau s’ouvre sur une création théâtrale, «Nuit d’éveil», qui sera suivie d’une soirée DJ’s.

De 15h à 22h

Sciences
Tout en dégustant un dessert à l’azote liquide, venez donc chercher un peu d’or dans des sables de rivière, fabriquer une crème hydratante ou observer les taches solaires!

Sciences humaines
Suivez les pas d’écrivains célèbres, devenez soldat en temps de guerre, découvrez l’arménien, l’arabe ou le chinois. Et n’oubliez pas de tremper vos lèvres dans un verre de vin mythique.

Médecine
Découvrez l’IRM, admirez nos pires amis les microbes, testez vos émotions et goûtez des aliments riches en antioxydants, après avoir lavé vos mains avec une lotion hydro-alcoolique.

Dès 22h

L’UNIGE en fête
Dès la tombée de la nuit, Uni Mail accueille un spectacle grandiose puis se transforme en piste de danse pour vibrer sous les mains expertes des DJ’s.

vendredi 29 mai 2009

les souris détectent la maladie à l'odeur...

Un docteur dans le nez des souris ?

The vivid world of odours
Fig 1 : L'odorat chez les humain est anatomiquement plus simple [img] source : prix Nobel 2004

On connait les récepteurs olfactifs, et on sait qu'ils sont distincts et anatomiquement séparés de ceux des phéromones (dans l'Organe Voméro Nasal VNO) chez la plupart des mammifères comme la souris. Chez l'homme les récepteurs sont distincts, mais situés dans le même épithélium nasal (Bio-Tremplins 13 I 08 ). Un chercheur de l'Université de Genève, Ivan Rodriguez, a récemment identifié chez les souris de laboratoire une autre forme de récepteurs appelés formyl peptide receptors (FPR) qui détectent les animaux malades. Picture of rodent

Fig 2 : Si vous êtes malade, cette souris le détectera peut-être. (source)Credit: Photos.com

On connait les récepteurs olfactifs, et on sait qu'ils sont distincts de ceux des phéromones. Un chercheur de l'Université de Genève, Ivan Rodriguez, a identifié chez les souris une autre forme de récepteurs appelés formyl peptide receptors (FPR) qui détectent les animaux malades. Dans une nouvelle ScienceNOW du 22 avril 2009 Claire Thomas rapport que ces récepteurs FPR détectent des substances émises par des pathogènes et sont utilisés par le système immunitaire pour repérer les microbes qui nous attaquent. La présence de ces récepteurs sur des cellules olfactives a donné l'idée à l'équipe de Rodriguez qu'il pourrait y avoir là un mécanisme de détection des agents pathogènes, ou de l'inflammation mais chez d'autres individus : une sorte d'alerte à la maladie. Ils ont exposé des neurones olfactifs de la souris à diverses bactéries pathogènes et à l'urine de souris malades. Et en effet les neurones ont produit des influx pour certaines substances : ils le publient dans Nature (Riviere, S., et al., 2009)

On avait déjà repéré des détecteurs à la peur chez la souris...



Fig 3 : Les ganglions de Grueneberg chez la souris : un autre système de détection olfactif spécialisé [img] Credit: science / AAAS

Des chercheurs Lausannois avaient identifié l'an passé parmi les récepteurs olfactifs des écepteurs à la peur chez la souris (ScienceNOW, 21 August 2008) Voir aussi Bio-Tremplins
de janvier 08 sur les phéromones.

Le virtuel qui remplace l'expérimentation ?

L'expérience des Lausannois est bien illustrée avec une vidéo ici (An) Elle est très belle, mais ... virtuelle.
Faut-il se préparer à ne traiter l'éthologie que par des vidéos comme celle-ci ? Avec les limitation dans les écoles sur l'expérimentation animale on peut craindre de voir cet usage-là du "virtuel" être imposé.
Est-ce bien là la manière la plus féconde de développer la démarche expérimentale...
Konrad Lorenz, Niko Tinbergen, Desmond Morris et d'autres auraient-ils fait leurs découvertes sans élever des oies, des goélands,... ?
Que dire d'un enfant qui observe son hamster dans sa cage grignoter un bout de pomme ? Est-ce de l'expérimentation animale ? N'est-ce pas une attitude à encourager ?

Des détecteurs de maladie ?

D'autre part on avait souvent observé que bien des animaux tendent à éviter les individus malades, et maintenant on commence à comprendre comment. Les chercheurs genevois ont exploré à partir du génome de la souris pour des protéines réceptrices exprimées dans le nez de la souris, et ont trouvé 5 nouvelles protéines : des récepteurs de la famille des FPR. Ensuite des techniques classiques de biologie moléculaire ont permis de mettre en évidence leur activité


Fig 3 : L'activité des récepteurs FPR (fluorescence verte) est principalement dans l'organe voméronasal (VNO). Figure complète avec légende Credit: Stéphane Rivière, Nature

Les neurones exprimant les nouveaux FPR, sont situés dans l'organe Voméronasal (VNO, où les phéromones sont aussi détectées) et connectés directement à l'amygdale (celle du système nerveux, pas celles au fond de la gorge) qui contrôle les réactions émotionnelles.

Pour trouver une aiguille (séquence d'ADN) dans une botte de foin
(le génome) : l'ordinateur à la rescousse !

Il est intéressant de noter qu'ils ont d'abord cherché des séquences qui présentaient des similitude avec les récepteurs connus, donc in silico c'est à dire dans les bases de données génomiques avec des outils informatiques de recherche de séquences similaires, puis ont
recouru à des techniques de biologie moléculaires pour tester l'expression dans les tissus du nez de la souris de ces récepteurs supposés.
Ainsi la Bioinformatique (ou BIST) prend une place de plus en plus importante, mais ne s'oppose pas à la moléculaire, les biologistes font appel à une combinaison de méthodes in vitro et in silico !

L'informatique qui ouvre des horizons

En effet, ici l'informatique ouvre des horizons aux chercheurs et les rend accessibles à nos élèves puisqu'en classe on peut trouver la séquence authentique par exemple de Fpr-rs1 dans les bases de protéines : UniProt O88535
On trouve aussi que les primers utilisés étaient pour cette protéine TTT ATC TGT TGG TTT CCT TTC CA et ACC ACT AAA CTG CAT CTC TTT GAG
Ainsi les élèves peuvent aller explorer - sans doute ont-ils encore besoin d'être guidés - les informations originales et de première main, tenter de trouver des séquences chez l'homme etc (cf ici)...
Une nouvelle forme d'expérimentation, finalement pas si virtuelle que ça !

Cela permettra-t-il un jour de détecter les maladies à l'odeur ?

Selon Rodriguez, ces récepteurs ont été trouvés chez les gerbilles et les rats, et dans notre système immunitaire, mais il y a peu de chances qu'on trouve ces FPR dans le
nez humain.
Il semble donc peu probable que cela explique comment les docteurs de famille diagnostiquaient autrefois certaines maladies en reniflant le malade, comme certains articles de la presse à grand public l'ont suggéré.

Mais Claire Thomas suggère qu'à partir de ces recherches - non virtuelles - on produira peut-être un jour des détecteurs inspirés de ces FPR, aidant au diagnostic en révélant ces molécules associées aux maladies.

Comment développer la curiosité et l'observation des chercheurs qui feront ces découvertes-là ?

Liens :

Update 14 VII 09 : complété avec les implications pour l'enseignement.

C'est l'intention qui compte

C'est l'intention qui compte, pas le geste ...

Des expériences récentes montrent que c'est l'intention de bouger plus que le mouvement effectif du corps qui détermine la conscience d'avoir bougé. Stimuler légèrement certaines zones du cerveau produit une envie de bouger et même la sensation d'avoir bougé si on stimule assez fort, alors qu'une stimulation d'autres zones fait bouger le bras ou les lèvres alors que le patient affirme n'avoir pas bougé du tout.
Picture of brain
Fig 1 : Chez des patients en préparation à la chirurgie pour une tumeur du cerveau, stimuler le cortex pariétal (jaune et rouge) produit l'intention de mouvement, alors qu'une stimulation du cortex prémoteur (jaune) produit des mouvements non conscients. [img] Credit: Angela Sirigu
Quand on agite la main par exemple, c'est l'activation de la zone d'intention du déplacement qui détermine le sentiment d'avoir bougé, et non l'activation de celles qui produisent le mouvement effectif.

Au-delà de l'aire motrice et l'homonculus, l'aire prémotrice ?

Tous les manuels de biologie illustrent le cortex moteur d'où partent les influx qui commandent le mouvement corporel, juste à coté du cortex sensoriel ou somesthésique. De manière très frappante, on a souvent représenté la carte motrice et sensorielle par un petit bonhomme "Homonculus" où chaque partie du corps est représentée proportionnellement à la surface corticale dévolue à cette partie.
Fig 2 : Gauche : les aires motrices (rouge) et sensorielles (vert) primaires. [img] Source A droite : L'" Homonculus" sensoriel où chaque partie du corps est représentée proportionnellement à la surface corticale dévolue à cette partie.[img] Source UtorontoLe cortex prémoteur est moins connu : l'excellent ouvrage on-line (Purves 2001) montre qu'il est juste à coté du cortex moteur et décrit ici comment il est impliqué dans la sélection de séquences particulières de mouvements parmi le répertoire des possibles. "intimately involved in selecting a specific movement or sequence of movements from the repertoire of possible movements"
The primary motor cortex and the premotor area in the human cerebral cortex as seen in lateral (A) and medial (B) views. The primary motor cortex is located in the precentral gyrus; the premotor area is more rostral.
Fig 3 : Le cortex moteur et prémoteur bleu clair et vert [img] Source : Purves (2001).

En français ?

  • La Recherche, mars 2009 a fait un article " ce que le cerveau dit au muscle" intranet.jpg
  • La Recherche, juin 2009 La conscience de l'action intranet.jpg

Comment explorer ce que le sujet veut, comment son cerveau commande le mouvement à son insu ?

Depuis quelques années, la dualité corps-esprit (que le psychologique soit immatériel et séparé du corps biologique) est mise à mal par de nombreuses expériences en neurosciences, et le libre arbitre est remis en question, mais les bases neurologiques de l'intention restaient assez mystérieuses. Dans le cas du mouvement on n'avait pas encore clairement identifié la localisation cérébrale des intentions.
Telis, Gisela. (2009) rapporte dans ScienceNow une étude réalisée chez des patients en préparation à la chirurgie pour une tumeur du cerveau. On doit en effet procéder à une sorte de repérage des zones cérébrales en stimulant avec des électrodes pour identifier les zones lésées ou à opérer. Les patients sont donc sous anesthésie locale mais conscients. Angela Sirigu du Centre de Neuroscience Cognitive à Bron, en France (Michel Desmurget, et al. 2009) en a profité pour explorer ce que les patients décrivaient lors des stimulations de certaines zones précises, et apporte une première série de réponses assez troublantes à cette question.

Mais si, ... mais non je n'ai pas bougé !

Avec des stimulations légères (2 ou 5 mA) du cortex pariétal, (cf fig 1jaune et rouge) les patients disaient vouloir bouger leurs bras, jambes ou lèvres, mais ne les bougeaient pas : "J'ai senti une envie de bouger mes lèvres". Avec des stimulations plus fortes (5 ou 8 mA) ils affirmaient avoir bougé "j'ai bougé la bouche, qu'est ce que j'ai dit ?" Par contre lorsqu'on stimulait leur cortex prémoteur (cf fig 1 bleu), on pouvait observer des mouvements mais le patient niait que ses membres aient bougé. D'après Sirigu, c'est donc l'intention qui détermine la conscience du mouvement. Les intentions et les effets attendus produisent la sensation consciente d'avoir bougé, dit-elle.

Et les douleurs fantômes ?

Les amputés se plaignent souvent de douleurs fantômes : des sensations douloureuses perçues comme provenant de parties spécifiques du membre amputé. Par exemple ils se plaignent de douleurs au pouce alors qu'ils sont amputés au coude. Cf Phantom Limbs and Phantom Pain (Purves 2001) On a observé une réorganisation des cartes sensorielles où l'on voit les neurones répondre à des stimulations de parties du corps normalement non concernées. Une stimulation du visage produit par exemple une douleur dans la main amputée.

Drawings of phantom arms and legs, based on patients' reports.
Fig 4 : Les douleurs fantômes que les patients décrivent [img] Source : Purves (2001).
Certaines expériences avaient montré qu'une simple simulation en réalité virtuelle ou par un jeu de miroir permettant de voir le membre manquant se mouvoir en réaction à des mouvements volontaires de l'autre bras ont produit des améliorations thérapeutiques remarquables et ... pas très faciles à expliquer. cf source Peut-être que les travaux de Sirigu éclairent d'un nouvel angle ces expériences : si la conscience du mouvement s'exprime bien en temes d'intention, plus que d'aires motrices ou prémotrices, de nouvelles expériences pourraient explorer les liens entre ce cortex pariétal, ces douleurs fantômes et leur diminution.

La pince qui est un prolongement du bras

l'outil comme une extension de la main
Fig 5 : L'outil finit par être incorporé au schéma corporel comme une extension du corps : comme si les mâchoires de la pince était deux doigts de la main [img] Source ScienceNow Balter, Michael. (2008).
 


 On a récemment pu mettre en évidence, Balter, Michael. (2008) le rapporte dans une news de Science, que tout se passe comme si l'outil bien intégré était devenu un prolongement du bras. Les chercheurs de l'équipe de Giacomo Rizzolatti de l'University de Parme ont observé lorsqu'un macaque utilise pendant longtemps une pince, les séquences d'activation du mouvement sont les memes dans des aires cérébrale F1 et F5 avec une pince à action directe ou à action inverse (lorsqu'on serre les poignées, la pince se déserre avec les pinces inverses): "the pattern of neuronal activity is somehow transferred from the hand to the tool ". Comme si le cerveau commandait directement les mâchoires de la pince " as if the tool were the hand of the monkey and its tips were the monkey's fingers." Les auteurs évoquent les neurones-miroirs dont la région F5 est riche. Rizzzolati développe d'ailleurs l'idée que ce seraient les intentions des autres qui seraient interprétées dans ces neurones-miroirs. (cf Bio-tremplins Neurones-miroirs) voir aussi : The neural basis of tool use review | intranet.pdf et Paper on mirror neurons Giacomo Rizzolatti et al

C'est l'intention qui compte, mais alors nous ne sommes pas maîtres de nos gestes ?

Plusieurs recherches suggèrent donc que ce soit la volonté d'agir qui compte plus que la réelle action. Du moins en ce qui concerne notre conscience. Cela heurte notre bon sens... remet en question notre responsabilité. -Bon sang, je sais bien ce que j'ai fait, non ? On sait que l'introspection ne permet pas vraiment de découvrir les mécanismes mentaux. Et le biologiste en était resté, souvent, à cette position prudente, faute de données qui soient acceptables pour un expérimentaliste. Mais cela change. Que la volonté puisse être explorée par les neurosciences est tout à fait fascinant. Oui, mais est-ce de la biologie ?

L'intentionnalité : un des ressorts fondamentaux de la personnalité ?

Il semble que le sentiment de contrôle de nos actions soit un des ressorts centraux du fonctionnement psychologique humain. "The desire to combat uncertainty and maintain control has long been considered a primary and fundamental motivating force in human life and one of the most important variables governing psychologicalwell-being and physical health " Whitson, J. A., & Galinsky, A. D. (2008). L'intentionnalité est peut-être aussi la racine de bien des conceptions qui font obstacle à la compréhension en évolution ou en physiologie : quand les élèves abordent l'évolution de la girafe en termes de finalité "parce que ça lui est utile de manger les feuilles du haut" , ou l'influx nerveux en termes de volonté du potentiel d'action de se déplacer vers la synapse "parce que c'est là qu'il veut / doit aller ". On voit que des questions traitées plutôt par les philosophes ou les psychologues commencent à avoir des nouvelles réponses issues des neurosciences, et que nous nous trouvons entrain d'aborder des questions qui paraissaient hors du champ de la biologie jusqu'alors. Parce que de nouveaux outils d'exploration du cerveau comme ceux de Sirigu ou l'IRMf étudient le fonctionnement du cerveau en action, sommes-nous sommes contraints de redessiner les limites de notre discipline ? Faut-il éjecter les neurosciences de la biologie enseignée ou élargir notre vision de ce qu'est la biologie ?

Sources

Révisé le 5 juin . complété notablement sur les douleurs fantômes et l'outil extension du bras.

Encore un symbole suisse démystifié

Le génome de la vache n'a plus de secrets ?

Après Swissair et UBS, un autre symbole Suisse perd de son mystère : la vache. Son génome a été complètement séquencé par 300 scientifiques de 25 pays dont l'équipe des Pr. Antonarakis et Zdobnov et l'Institut Suisse de BioInformatique à l’UNIGE. Lucky cow. This Hereford female was picked to have her genome sequenced.
Fig 1 : la vache dont le génome a été séquencé : une Hereford, nommée L1 Dominette.Source [img]


Fig 1 : Le génome de la vache est accessible à chacun et en classe depuis MapViewer (Source droite: Science

On peut, par exemple, aisément voir depuis MapViewer si la vache a aussi un gène pour l'insuline. Elle en a effectivement un sur le chromosome 29 (solution). Sur UniProt on trouve la protéine insuline sous le nom P01317 (INS_BOVIN) Il est intéressante et stimulant de faire découvrir aux élèves que la vache a aussi l'insuline, les cytochromes, l'EPO, l'hémoglobine, la CFTR de la mucoviscidose etc . Et qu'elles sons similaires. (Cf formation BIST)

Selon les chercheurs qui publient leurs travaux 24 avril dans la revue Science, (News Couzin-Frankel,Jennifer. 2009) ce génome constitue une source majeure d’informations, tant pour l’étude de l’évolution des mammifères que pour la biologie des bovins. En parallèle, une étude complémentaire est publiée sur les bases génétiques du lait des mammifères.

contenu en gènes de différentes espècesUn génome vachement bien

Le génome de la vache est composé d’au moins 22'000 gènes – au sens classique – codant pour l’information nécessaire à la synthèse des protéines, ainsi que de 500 gènes de microARN, qui eux régulent la production de la plupart de ces protéines. Oui, on commence à parler de gènes pour ces séquences d'ARN régulateurs qui ne deviendront pourtant jamais des protéines. (Une définition actuelle du gène selon M.-C. Blatter). La grande majorité des gènes de la première catégorie sont capables de coder pour plusieurs protéines différentes grâce à un mécanisme dénommé épissage alternatif. (Cf Bio-Tremplins ici) «Le séquençage du génome de la vache a révélé que ce mécanisme de diversification a moins changé au cours de l’évolution qu’on ne le pensait précédemment», déclare Alexandre Reymond, responsable de cette étude.
Fig 3 à droite : la vache a presque le même nombre de gènes que nous et bien moins que la vigne, le riz ou la paramécie qui en contient presque le double... vexant, non ? Du moins si l'on considère que le nombre des gènes est une mesure de la valeur de l'organisme.... Cliquer pour agrandir cette image. (Source ISB-SIB)


Amos Bairoch (2009) déclare que ce chiffre de 22'000 est probablement surévalué. C'est qu'il n'est pas aisé de reconnaitre si une séquence d'ADN code pour un gène ou non. Il y a bien des algorithmes qui estiment très rapidement où sont les gènes possibles ou probables et il y a la recherche de séquences pour lesquelles une protéine a été trouvée expérimentalement. Swiss-Prot devenu UniProt qu'Amos Bairoch a fondé et dirige est une base qui recense ces informations très précises, dignes de la "qualité Suisse"...

Quelles particularités

On a observé que le génome bovin se différenciait par 147 gènes liés aux processus d’immunité, de lactation, de digestion et de métabolisme. Ces changements pourraient expliquer notamment l’extraordinaire capacité des bovins à transformer l’herbe et le foin peu nourrissants en une viande et un lait de haute valeur nutritive, capacité exploitée depuis les premiers temps de l’agriculture par les êtres humains.

Article en français :

Les gènes expliqueront-ils comment une vache peut produire 91kg de lait par jour ?

une vache qui a produit 91 kg de lait
Fig 4 : Cette vache a passé dans un quotidien parce qu'elle a produit 91kg de lait en un seul jour. (Article intranet.jpg).

Avec cette masse de données sur l'essence même de ce qui constitue la biologie d'un bovin, on pourra peut-être mieux comprendre comment une bonne vache peut produire 91 kg de lait en un jour et comment beaucoup de vaches font plus 40kg/jour en moyenne sur l'année. On a en effet trouvé des changements de gènes liées à la prolactine qui est l'hormone de la lactation. On va peut-être pouvoir explorer comment cette vache a été modifiée dans ses gènes (notez que je n'ai pas dit OGM) par l'action de milliers d'années de sélection et croisements par les éleveurs ...

Fig 4 : Une mère gnou et son nouveau-né. Elle ne produit sûrement pas 40kg de lait par jour !

C'est que la domestication l'a mené manifestement très loin de l'état naturel où les mammifères produisent du lait seulement lorsqu'elles ont des petits et dans des quantités bien moindres ! D'accord, les baleines bleues produisent 600l. de lait par jour, mais c'est un autre format...

La coévolution de la vache et de la tolérance au lait ...

On a récemment mis en évidence que la tolérance au lactose jusqu'à l'age adulte résulte du gène à ARN très récent dans l'évolution de l'homme Si nous produisons la lactase même adultes c'est sans doute parce que cela a permis à nos ancêtres de mieux passer les périodes de disette en se nourrissant du lait des vaches. Ceux qui ne le toléraient pas ont eu une progéniture plus restreinte et nous sommes donc plus rares à être leurs descendants. Cf Bio-Tremplins: L'évolution , les gènes le lait et les migrations Voir aussi les travaux de chercheurs du CNRS Co-évolution du génome des vaches et des buveurs de lait

Le système immunitaire expliquera-t-il comment la vache arrive à mieux extraire des nutriments de l'herbe ?

L'étude du génome révèle que la vache a de nombreuses protéines de défense immunitaires dans celles qui lui sont spécifiques. Pour les chercheurs, on peut y voir plusieurs explications : une protection contre les bactéries dont son estomac complexe est rempli (jusqu'à 10^11par ml Hobson, P. N. (1988)) , ou contre les maladies qui se transmettraient plus facilement à cause de la promiscuité dans dans les troupeaux. Par ailleurs on est en train de passer d'une vision du système immunitaire dont la fonction serait principalement de protéger des bactéries et autres agents pathogènes, vers une vision ou ce système nous permet de gérer avec finesse un cheptel (!) de bactéries qui est utile. (Cf Bio-Tremplins ici)
la digestion complexe des ruminants
Fig 5 : Schéma du système digestif d'une vache (source)

Dans cette perspective, l'étude des séquences dont on dispose désormais pourra peut-être - c'est une hypothèse que je trouve intéressante - éclairer le rôle du système immunitaire dans la gestion de cet incroyable écosystème qu'est la panse (rumen) des ruminants. On sait que des bactéries y travaillent pour réaliser la digestion de la cellulose : une exclusivité des ruminants. Les bactéries rendent la salade très calorique pour la vache. Les chevaux ou les éléphants ne ruminent pas (ce qui explique que le crottin est fibreux et la beuse homogène, les fibres étant digérées).

Les trois quarts des gènes communs avec les mammifères

La comparaison du génome de la vache avec les autres mammifères disponibles révèle (cf fig 6) que les 3/4 de ses gènes sont communs avec les autres mammifères, qu'elle en a presque 17'000 en commun avec nous et qu'elle n'en a que 147 qui lui sont propres (cf fig 6B). Protein orthology comparison among genomes of cattle, dog, human, mouse, and rat
Fig 6 : Une comparaison des gènes pour révéler le degré d'orthologie entre divers mammifères (Bos taurus, Canis familiaris, Homo sapiens, Mus musculus, Rattus norvegicus, placentaires), l'opossum (Monodelphis domestica, marsupiaux), et l'ornithorynque (Ornithorhynchus anatinus, monotrèmes) Cette comparaison des gènes révèle que la vache a une grande majorité de ses gènes en commun avec les autres mammifères [img]source

Les protéines - ou gènes - homologues sont similaires et ont une origine commune. Les orthologues ont des fonctions différentes mais liées, au sein d'organismes différents. (Voir définitions Homologue-Paralogue-Orthologue)

La vache plus similaire de nous mais la souris plus proche...

Alors même qu'on a bien établi par ailleurs que notre lignage se sépare de celui menant la souris (cf fig 5D) nettement plus tard que pour la vache, la souris diffère par plus de gènes. Amos Bairoch explique que le cas est classique : la souris a un temps de génération beaucoup plus court et donc la vitesse de l'évolution rapporté au nombre d'années est plus rapide (plutôt qu'au nombre de générations).

Les différentes races de vaches

Un article dans le même numéro de Science, The Bovine HapMap Consortium. (2009) analyse les différences entre la vache Hereford séquencée et 6 autres races bovines. Parmi d'autres résultats passionnants je relève : les chercheurs ont pu mettre en évidence les effets de la domestication et un probable effet d'étranglement qui suggère que les populations actuelles sont issues d'un nombre limité lors de la domestication. Effective population size in the past estimated from linkage disequilibrium data. Inset graph shows effective population size for the European humans over the same period; from (13). Breeds as in Fig. 1.,,
Fig 7 : Estimation de la population des différentes races de vaches estimé par déséquilibre de linkage Source
The Bovine HapMap Consortium. (2009)
Selon une présentation de A. Bairoch (2009) deux sous-espèces ont été domestiquées Bos primigenius taurus (la vache) et Bos primigenius indicus (le zebu). Il y a 800 races différentes, 1.3 milliard de vaches et elles produisent 18% des gaz a effet de serre. L'espoir de comprendre ce qui produit tant de méthane et comment y remédier est relancé. La comparaison des différentes races devient plus facile avec le génome complet de référence. On espère aussi réussir à améliorer encore la production de lait et réduire celle de méthane. La tribune sous-titrait "Plus de lait moins de pets "Brouet Anne-Muriel (2009) intranet-pdf.

Les combats de Reines du val d'Hérens expliqués ?

Est-ce que ces séquences permettront d'expliquer pourquoi les combats ritualisés qui sont généralement le fait des mâles (2 bouquetins à droite) chez les ongulés (Cerf-intranet) se produisent entre les femelles chez les vaches d'Hérens. Y a-t-il une modification génétique qui révèle comment ce comportement s'exprime chez la femelle plutôt que chez le mâle ? Ce qu'on a vu chez la souris permet de l'envisager (Bio-Tremplins) un seul gène modifié (lié aux phéromones) TRPC2 fait que les souris femelles ont un comportement de mâle.
Fig 8. Les combats de reines sont des évènements importants en Valais

Si le séquençage de ce génome permet d'aider à limiter la pollution, à avoir du meilleur lait pour mettre dans mon thé, et à comprendre mieux le Valais, c'est vachment bien, non ? (Ok c'est facile, mais je n'allais pas laisser passer une occasion de le placer...) : ))

Sources

dimanche 3 mai 2009

Faire vraiment des sciences expérimentales en classe. Avec Gérard de Vecchi

Lundi 18 mai la didactique de la biologie de l'IUFE organise un mini-colloque :

Faire vraiment des sciences expérimentales en classe

Avec Gérard De Vecchi

Auteur notamment de : De Vecchi, G. (2006). Enseigner l'expérimental en classe : pour une véritable éducation scientifique Paris: Hachette éducation. Site Web

Qui sera intéressé :

  • Les enseignants en formation (EEF, notamment en sciences expérimentales)
  • Les futurs Formateurs de Terrain (FT) soit les enseignants accueillant des stagiaires.
  • Des enseignants qui veulent repenser leur enseignement.
  • Des didacticiens et chercheurs en éducation.
  • Des chercheurs en sciences intéressés aux questions d'éducation scientifique.
  • Des gens simplement ouverts aux questions éducatives

A) Conférence - débat le matin à Uni Mail Salle MS 150

  • 8h15 Introduction (F.Lombard - R.Kopp)
  • 8h30 Conférence par Gérard De Vecchi «Faire vraiment des sciences expérimentales en classe»
  • 10h30 Pause
  • 11h Débat avec l'assemblée : Gérard De Vecchi (Discutants F.Lombard - R.Kopp)
  • 11h45 Conclusion F.Lombard - R.Kopp

B) Présentation publique des projets "DidaBiolo" des Enseignants En Formation (EEF) biologie l'après-midi à Uni Mail Salle M 3393

Description du projet : DidaBioloProjets09

Horaire : 7 projets à 20min + 10 min. discussion N.B: la présentation tient lieu d'examen pour ces EEF.

* 13h30 : Projet Henchoz Fournier Cudre-Mauroux
* 14h00 : Projet Dufour Emery Martinelli
* 14h30 : Projet De_Vevey Chakparonian
* 15h00 : Projet Malterre

* 16h00 : Projet Alberi Le_Tanh
* 16h30 : Projet Hamdam Saggio
* 17h00 : Projet In_Albon

Organisation : francois.lombard@unige.ch

Colloque réalisé avec le Soutien de l'EDSE dans le cadre de l'IUFE
Tous les détails à l'adresse http://doiop.com/MiniColloqueDidaBio09
Une affichette est ici