jeudi 28 septembre 2023

Découverte de la 100e espèce de mammifères sauvages de Suisse - tout est dans les méthodes !


Comment on définit une espèce et les méthodes qui permettent de distinguer 2 espèces de muscardin très semblables.  

Autrefois c'était par des critères morphologiques qu'on distinguait les espèces. Faute d'accès aux séquences d'ADN, on était un peu obligé de supposer qu'elle reflétait la phylogénie (des lignages différents ont souvent une morphologie qui reflète les différence de leur parcours évolutif). 
Actuellement on utilise en général des séquences spécifiques pour différencier les espèces (surnommées "code-barre" (Pampanon et Shehzad, 2016)ici) Toutefois, les chercheurs des muséums (musea?) de Genève et St-Gall montrent  les limites de cette méthode dans un cas spécifique de muscardin. Ils ont ainsi découvert la 100e espèces de mammifères sauvages en Suisse. 

On voit une fois de plus combien la compréhension des méthodes détermine la portée des conclusions en sciences. Pour JTS, on peut considérer qu'une connaissance est scientifique dans la mesure où l'on sait comment elle a été construite (Lombard, 2012 ). Sinon c'est du Trivial pursuit catégorie biologie ou physique ou chimie.
Est-ce qu'on fonde la portée des savoirs présentés en classe sur les méthodes...
Ce très bel exemple local (P. ex. Campbell illustre cela avec des exemples américains) et très récent peut-il être adapté à vos élèves lors de la définition en classe de l'espèce ?

Texte diffusé par le Museum de Genève :
La 100e espèce de mammifère se cachait derrière des          noisettes,En 2021, le nouvel atlas des mammifères de Suisse          recensait 99 espèces sauvages. Eh bien, elles sont désormais 100          !

Découverte de la 100e espèce de mammifères sauvages de Suisse !

Le muscardin, un minuscule rongeur aux grands yeux noirs, est une espèce peu commune mais largement répandue. Les biologistes savaient qu'il existait deux lignées divergentes en Europe, mais ignoraient que c'était également le cas à plus petite échelle, en Suisse. Une remise en perspective des méthodes leur a permis de conclure que le muscardin ne représente pas une, mais deux espèces1 indépendantes.

En recensant la variabilité génétique de tous les petits mammifères de Suisse, des chercheurs du Muséum d'histoire naturelle de la Ville de Genève et de celui de Saint-Gall, ont percé le secret de ce petit rongeur. Ils ont constaté que les muscardins de Suisse orientale (St-Gall) et ceux de Suisse romande (échantillonnés à Genève et dans le canton de Vaud) avaient génétiquement 10 fois plus de différences que la moyenne habituelle qui caractérise une espèce sauvage (distance génétique intraspécifique 0 à 1.5% contre 11% pour les muscardins). Une étude précédente suggérait l'existence de deux lignées très divergentes en Europe, mais il a fallu démontrer à une échelle bien plus précise que celles-ci n'échangeaient plus de gènes depuis des millions d'années et représentaient donc deux espèces cryptiques2.

1.        Qu'est-ce qui définit une espèce ?
Lorsque deux individus diffèrent génétiquement, il peut s'agir de variabilité génétique individuelle ou, si ces différences dépassent un certain seuil, trahir l'existence de plusieurs espèces distinctes. Pour trancher, il est nécessaire d'analyser de multiples marqueurs ADN ou d'autres critères biologiques comme la morphologie, l'écologie ou le comportement. Cet ensemble de données indépendantes permet généralement de déterminer si les individus divergents peuvent se reproduire entre eux, critère essentiel de la définition d'une espèce biologique.

2.        Qu'est-ce qu'une espèce cryptique ?
La plupart des espèces qui nous entourent se différencient par leur morphologie externe ou par des chants ou des comportements distincts. Elles sont reproductivement isolées les unes des autres. Il existe cependant des espèces qui diffèrent très peu extérieurement, mais dont d'autres critères biologiques les empêchent de se reproduire en elles. On parle alors d'espèces cryptiques, car elles sont difficiles à reconnaître. Les méthodes moléculaires ou l'examen des chromosomes viennent alors à la rescousse pour les différencier, et c'est souvent grâce à ces techniques modernes que l'on se rend compte de leur existence, comme c'est le cas pour les deux muscardins européens.  

On ignore encore beaucoup de choses sur leur mode de vie

Les muscardins sont des animaux discrets fréquentant les lisières des forêts bien denses, peuplées de ronciers et de noisetiers qui leur fournissent gîte et couvert. Ils élèvent leurs petits dans un nid soigneusement tressé avec des herbes sèches. Bien que très semblables morphologiquement, la nouvelle étude montre qu'il existe en Europe deux espèces indépendantes de muscardins : le Muscardin occidental (nom scientifique : Muscardinus speciosus) et le Muscardin oriental (Muscardinus avellanarius), dont les aires de répartition ne se chevauchent pratiquement pas (voir carte de répartition ci-dessous). Il faudra cependant des études plus approfondies pour trouver des caractères externes qui les différencient facilement, afin d'étudier leurs répartitions ou leurs mœurs plus précisément. Il s'agira également d'observer les interactions entre les deux espèces dans les zones de contact présumées, zones qui traversent vraisemblablement le centre de la Suisse.

Carte de répartition du Muscardin occidental              Muscardinus speciosus et du Muscardin oriental Muscardinus              avellanarius, d'après Mouton et al. (2017). La ligne qui              sépare l'occurrence de ces deux espèces jumelles est encore              très approximative. © Florence Marteau, Muséum Genève.
Carte de répartition des deux espèces européennes de muscardins.                                                  ©Florence Marteau

Une découverte importante pour la conservation

L'espèce nouvelle de muscardin occidental est en quelque sorte une redécouverte, puisque des naturalistes du siècle passé avaient déjà soupçonné son existence mais sans pouvoir le confirmer avec les moyens de l'époque, ce que l'ADN a permis en 2023 ! Puisque désormais il représente deux espèces distinctes, cela remet en question le statut global de protection du muscardin que l'on croyait répandu sur une bonne partie de l'Europe. À l'heure de la conservation de la biodiversité, cette découverte démontre que nos connaissances sur les espèces sauvages de nos régions sont encore bien lacunaires. Il est donc impératif de lutter contre l'érosion génétique qui menace nos écosystèmes et qui pourrait faire disparaître des éléments encore inconnus de notre faune.

Comment nommer une espèce nouvelle ?
Lorsqu'une nouvelle espèce est découverte, comme c'est le cas ici avec l'une des deux lignées génétiques de muscardins, il s'agit de la nommer correctement. Les systématiciens (dont c'est le métier) procèdent alors à un minutieux examen de la littérature pour déterminer si un nom avait déjà été attribué anciennement à une forme de muscardin.
Carl von Linné a été le premier à décrire l'espèce officiellement, en 1758, sous le nom de « Mus avellanarius », aujourd'hui connu sous le nom de Muscardinus avallanarius. Comme ce muscardin provenait de Suède, c'est la lignée orientale qui hérite de ce nom original. Une dizaine d'autres formes de muscardins ont ensuite été décrites en Europe, notamment en Italie. Dans le cas de la lignée occidentale, une forme distincte avait été reconnue dès 1855 par le naturaliste allemand A. Dehne. Il l'a nommée « Myoxus speciosus », en référence à son pelage plus brillant (d'où speciosus en latin). Comme la lignée occidentale de muscardins occupe toute l'Italie, et en vertu des règles de priorité, la nouvelle espèce doit donc prendre le nom scientifique de Muscardinus speciosus (Dehne, 1855). Si aucune forme de muscardin n'avait été décrite dans la région occupée par cette lignée, alors il aurait fallu inventer un nouveau nom et en publier une description formelle.

Pour en savoir plus :

Publication (EN) : http://www.italian-journal-of-mammalogy.it/Shortcomings-of-DNA-barcodes-a-perspective-from-the-mammal-fauna-of-Switzerland,169342,0,2.html

Blog Muséumlab (FR) :     

Iconographie : https://photos.app.goo.gl/yXb42aEmBBSrV4Pf9
Merci de mentionner le crédit de ces images lors de leur utilisation, que vous trouverez dans les infos Google photo de chaque image.

Références:


lundi 18 septembre 2023

[jump-to-science] La nuit est belle 22 septembre : la santé et la sécurité

La nuit est belle ! revient le vendredi 22 septembre 2023 avec une édition centrée sur la santé et la sécurité des usagers.


Après une première édition orientée astronomie et observation céleste, une seconde
sur la biodiversité nocturne et une troisième axée sur les économies d'énergie, cette
4ème opération abordera le thème de « l'Humain, la nuit », en plaçant la santé et la
sécurité des usagers au coeur des échanges. A cette occasion, plus de 180 communes
du Grand Genève n'allumeront pas leur éclairage public le 22 septembre prochain.
Illustré par la constellation imaginaire « Humanité », ce fil rouge de la 4ème édition permettra
d'aborder comment l'éclairage influence notre organisme et nos usages et comment allier
extinction nocturne et sécurité.

Trop d'éclairage intrusif autour de nos habitations perturbe notre rythme biologique et peut entraîner des troubles du sommeil.
Et à l'inverse, l'extinction
de l'éclairage public questionne la sécurité des usagers à l'heure où de plus en plus de communes éteignent au quotidien : comment voir et être vu quand on est cycliste, piéton, personne à mobilité réduite ou mal-voyante ?

La nuit est belle ! revient le vendredi 22 septembre 2023 pour une 4ème édition sur l'Humain, la nuit…

La nuit est belle ! extinction lumineuse du Grand Genève sera consacrée en 2023 à « l'Humain, la nuit » autour de 2 grands sujets : la sécurité des usagers la nuit à travers la campagne de sensibilisation « La nuit est belle ! Restons visibles » et la santé : à travers la notion de chronobiologie.

A cette occasion, plus de 180 communes du Grand Genève n'allumeront pas leur éclairage public le 22 septembre prochain.

La nuit est belle !, c'est aussi une opération festive et pédagogique où la sensibilisation joue un rôle crucial pour prendre conscience des impacts de la pollution lumineuse causée par l'éclairage artificiel excessif et adapter nos pratiques.

Près de 80 animations sont référencées à ce jour : distributions de matériels réfléchissants, observations du ciel, expositions,
balades nocturnes, lectures contées, concerts, repas à la bougie, etc.

Parents, associations, enseignants, le centre de ressources  met à disposition une large sélection de ressources pédagogiques clés en main : guide activités manuelles, quiz sonores, sélection d'ouvrages etc… Servez-vous !

Les partenaires fondateurs et organisateurs : le Grand Genève, le Muséum d'Histoire Naturelle, la Société Astronomique de Genève et la Maison du Salève se réjouissent de l'ampleur que La nuit est belle ! gagne chaque année et de son impact sur la prise de conscience au quotidien

la nuit est belle MHNAu museum

La nuit est belle! 4e édition sur le thème: "La nuit et les humains: le sommeil et la mobilité"


La nuit est belle! l'extinction lumineuse du Grand Genève revient le vendredi 22 septembre prochain pour une 4e édition ayant pour thème "La nuit et les humains; le sommeil et la mobilité". La nuit est belle est une opération festive et pédagogique où la sensibilisation joue un rôle crucial. L'idée étant de prendre conscience des impacts de la pollution lumineuse causée par l'éclairage artificiel excessif et adapter ainsi les pratiques.

De 19h à 23h, le Muséum d'histoire naturelle vous propose toutes sortes d'animations: des visites guidées dans le parc Malagnou,des animations naturalistes, des ateliers, de la musique et bien plus encore!

Visites du parc Malagnou dans le noir avec Sonny Folliot, zoologue

Apprentissage de la nuit!


Chaque nuit, un véritable orchestre auditif et visuel prend vie autour de nous sans que nous puissions en soupçonner l'existence. Nos sens, pourtant si développés, ne peuvent apercevoir ce merveilleux spectacle qui régit la vie de tant d'animaux. Le temps d'une soirée, dans le magnifique parc de Malagnou, venez explorer le monde invisible avec un spécialiste pour éveiller vos sens et réapproprier l'obscurité.

Vendredi 22 septembre
Muséum, Parc Malagnou
21h45 à 22h; 22h05 à 22h20; 22h30 à 22h45
Tous les âge

Tous les détails sur https://www.lanuitestbelle.org/


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Le Bioscope a déménagé ! 



MEALe Bioscope a déménagé !   

  

Il accueille désormais vos classes, dès le 25 septembre, au rez-de-chaussée de la nouvelle 

Maison de l'enfance et de l'adolescence (MEA) des Hôpitaux universitaires de Genève, située 

au 26 boulevard de la Cluse.  





Réserver des ateliers scientifiques au Bioscope   

  

La  plateforme de réservation  du Bioscope, ouverte dès le 12 septembre 2023, vous permet de 

réserver l'atelier de votre choix. Les réservations sont actuellement possibles jusqu'au 20.12.2023.  

  

Les ateliers proposés ce semestre sont :    

  • Primaire : Tous vivants et Digestion  
  • Secondaire I et II : Stress, Interactions Sociales et Sexes   

  • + info sur bioscope.ch   


Assister à des événements culturels à la MEA   


« Le Molière Improvisé »  

  

Le samedi 7 octobre 2023, à 17h, à l'occasion de la Fête du Théâtre, la Compagnie Slalom propose

un spectacle d'impro théâtrale d'une durée d'une heure, ouvert à toutes et à tous dès 10 ans sur inscription.

   

« Le Molière Improvisé » s'inscrit dans le cadre de la Fête du théâtre bien connue des Genevois. Les quatre

comédiens et comédiennes sur scène offriront un spectacle totalement improvisé « à la manière de Molière », dans le but de 

provoquer une rencontre entre le public et les figures historiques du répertoire de Molière. Aucune référence

littéraire n'est requise pour profiter de cette performance inédite !   

  

Réservations : sur le sitewww.fetedutheatre.ch ou par téléphone au 022 908 20 31   

  


Découvrir les soirées publiques du Bioscope

 

Chaque mois le Bioscope propose une soirée publique ouverte à toutes et tous sur inscription, où les enfants 

accompagnés sont les bienvenu-es. Les thématiques sont vastes dans le domaine des sciences biomédicales et 

des sciences de la vie. Ce semestre, nous proposerons trois soirées autour du sucre, de l'ADN et de l'observation 

à la loupe. La prochaine soirée est « Découvrir les micromondes », le 19 octobre 2023.


Pour rester informé-es, inscrivez-vous à notre newsletter en envoyant un mail à bioscope@unige.ch

 

 

Pour toute question vous pouvez le @unige.ch ou  laisser un message au 022 379 37 42.  

  

Au plaisir de vous accueillir !  
   

L'équipe du Bioscope    

 

  
Bioscope  

Hôpitaux Universitaires de Genève  

Maison de l'enfance et de l'adolescence (MEA)   

Boulevard de la Cluse 26    

1205 Genève   

T : 022 379 3742.  




  

mercredi 13 septembre 2023

Formations continues pour les sciences


Formations continues
Nos sciences changent, la numérisation change les contenus et les méthodes d'enseignement, les neurosciences nous aident à comprendre comment le cerveau apprend, pour plus efficacement aider les élèves à apprendre
Et les formations continues sont souvent une bouffée d'air frais pour les enseignants, dans des situations de classe et administratives qui ne deviennent pas plus simples

Toutes les formations "sciences expé" sont ici : (pour certaines le délai est bientôt)
https://edu.ge.ch/site/formationcontinue/sciences-experimentales-de-nature/

Ces formations continues sont aussi ouvertes aux enseignants hors du DIP GE selon les places disponibles

Biologie





mardi 5 septembre 2023

la polyploïdie aide à survivre au stress de blessures ou de catastrophes environnementales ?


La polyploïdie apparaît dans de nombreuses situations de stress, et même dans le développement normal

Dans une news de Science Elizabeth Pennisi (2023). ici présente plusieurs recherches remettant en cause - ou en tous cas nuançant passablement - ce qui est enseigné à propose de nos génomes. Classiquement on enseigne que la plupart des organismes sont diploïdes ( ils ont un génome composé de deux jeux de chromosomes homologues).
On lit par exemple dans Campbell (2007) "Chez l'humain, chaque cellule somatique - toute cellule qui n'est pas un gamète - renferme 46 chromosomes." . On distingue la ploïdie (n) et la quantité d'ADN en picogrammes par gamète (C). Dans le cas de l'espèce humain 2 = 46, mais aussi chez une espèce de zèbre ( Equus grevyi 2n=46) et chez l'olive Olea Europaea (Besnard,et al., 2008)).
Plusieurs recherches montrent que la polyploïdie est fréquente, bien contrôlée et nécessaire p. ex pour la floraison, la forme cardiaque et  une réponse efficace dans des situations de crise à différentes échelles de temps - cicatrisation d'une blessure, ou survie lors d'un cataclysme.
Pennisi conclut que "Ce qui est certain, c'est que les cellules polyploïdes, loin d'être anormales, constituent l'un des principaux mécanismes de la vie pour faire face au stress des blessures, des maladies et d'un environnement hostile." Traduction

Les cellules polyploïdes peuvent aider les tissus à réagir aux blessures et les espèces à survivre aux cataclysmes.

Pennisi (2023) montre ici de nombreuses situations - même chez nous humains - où l'on trouve des cellules avec plus de 2n chromosomes (c'est à dire polyploïdes)  Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles              plutot que vulgariser encourage le lecteur à aller vérifier dans l'article d'origine :  ici - et pas seulement dans les cellules cancéreuses, Cf. Leslie (2014) ici.  

Pennisi indique que les premières recherches qui ont changé la perspective sur la ploïdie sont deux études parallèles de deux jeunes docteur.e.s Vicki Losick (2013) et Donald Fox ici chez des Drosophiles montrant que la cicatrisation nécessite des cellules polyploïdes, (elles sont en général plus grandes et elles obstruent plus vite la plaie). Plus tard, Losik et Fox ont montré que cette polyploïdie temporaire est sous le contrôle d'une protéine YAP1 qui semble aussi impliquée dans les polyploïdies des cancers, ce qui ouvre des perspectives thérapeutiques.

Cependant ces duplications de génomes sont en général maladaptatives selon Yves Van de Peer (Vanneste, et al. 2014) ici. Les plantes polyploïdes ont par exemple besoin de plus de nutriments et semblent croître plus lentement que leurs homologues diploïdes. Pourtant, ce trait persiste, et Van de Peer estime que la réponse, encore une fois, se résume à leur capacité à faire face au stress causé par des blessures ou un changement environnemental majeur.
En effet Les polyploïdies sont retrouvées plus fréquemment depuis des cataclysmes comme il y a 66 millions d'années (Vanneste, et al., 2014) ici Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles                plutot que vulgariser encourage le lecteur à aller vérifier dans l'article d'origine :  ici.

Les recherches sur la polyploïdie ont pris bien de l'ampleur depuis 2008 et une conférence vient de faire le point sur l'état des recherches : Polyploidy Across the Tree of Life (2023) ici.

Comment la polyploïdie apparaît-elle et quels sont ses effets ?

La polyploidie peut apparaître de différentes manières résume Pennisi (2023) : et cela peut modifier l'apparence des cellules et leur conférer de nouvelles propriétés et conduit parfois à de nouvelles espèces.(cf. Fig 1)


Cf figure ici


Fig 1: Les différents mécanismes par lesquels la polyploïdie apparaît et leurs effets [img]. Source : Pennisi (2023)

Pennisi (2023) note que 30% des plantes sont polyploïdes et celles cultivées le sont très souvent (et ce n'est pas des modifications OGM récentes) : le blé a 6n, les fraises 8n. En effet les  cellules plus grandes conduisent à des fruits plus grands. "The multiple copies of key genes for growth and nutrients can result in denser heads of grain, bigger fruit, and taller, sweeter stalks." Elle mentionne aussi que les sépales se développent avec quelques cellules  polyploïdes géantes et qu'une polyploïdie précisément contrôlée  est indispensable à la floraison. Les cellules du coeur semblent avoir une taille qui varie selon leur position - par ploïdie variée. La réparation de lésions dans les poumons, le foie et les reins semble impliquer des cellules polyploïdes (Pennisi, 2023). Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles                plutot que vulgariser encourage le lecteur à aller vérifier dans l'article d'origine :  ici

Des simulations et des expériences

Des simulations de ploïdie variée d'organismes vituels (Yao, et al. 2019) ici montrent qu'elles produisent plus de diversité génétique et de réseaux de régulation de gènes (cf. Fig 1, bas-droite). Ces réseaux permettent des régulations nouvelles de l'expression des gènes et donc des adaptations plus variées.
JTS note ici combien on pense le vivant, son développement, sa réparation et son évolution en termes de régulation (
Morange, 2021) plus qu'en termes de gènes présents ou absents (Mendel...) : complexifier le réseau de régulation permet de nouveaux fonctionnements sans même muter les gènes.

A la conférence
Polyploidy Across the Tree of Life (2023) Van de Peer et al. ont présenté des expériences comparant des Spirodela polyrhiza (infofloraune image vaut mille mots ...              mais peut être interprétée de mille manières) diploides et polyploïdes dans des milieux très salés ou riches en métaux lourds et ont montré que les polypoïdes sont plus résilientes.

Douglas Soltis, biologiste de l'évolution des plantes lors de cette conférence : "La polyploïdie peut aider les espèces à résister à des changements environnementaux catastrophiques. À toutes sortes d'échelles spatiales et temporelles, la polyploïdie est une « réponse aux dommages »". Selon lui "C'est le mécanisme évolutif le plus important dont personne ne parle."Traduction Google révisée

Pennisi conclut : "Ce qui est certain, c'est que les cellules polyploïdes, loin d'être anormales, constituent l'un des principaux mécanismes de la vie pour faire face au stress des blessures, des maladies et d'un environnement hostile." Traduction Google révisée 

Des sources de données sur la ploïdie et les génomes

  • Banque de données pour la quantité d'ADN en picogrammes par gamète (C) : http://www.genomesize.com/statistics.php On y voit que l'humain n'a pas du tout une quantité d'ADN particulièrement élevée 

Références:

  • Besnard, G., Garcia-Verdugo, C., Rubio De Casas, R., Treier, U. A., Galland, N., & Vargas, P. (2008). Polyploidy in the Olive Complex (Olea europaea) : Evidence from Flow Cytometry and Nuclear Microsatellite Analyses. Annals of Botany, 101(1), 25‑30. https://doi.org/10.1093/aob/mcm275
  • Gregory, T.R. (2005). Animal Genome Size Database. http://www.genomesize.com.
  • Leslie, M. (2014). Strength in Numbers? Science, 343(6172), 725‑727. https://doi.org/10.1126/science.343.6172.725
  • Losick, V. P., Fox, D. T., & Spradling, A. C. (2013). Polyploidization and cell fusion contribute to wound healing in the adult Drosophila epithelium. Current Biology: CB, 23(22), 2224‑2232. https://doi.org/10.1016/j.cub.2013.09.029
  • Morange, M. (2021). A history of biology (T. L. Fagan & J. Muise, Trad.). Princeton University Press.
  • Pennisi, Elizabeth. (2023). Cells with extra genomes may help tissues respond to injuries—And species survive cataclysms. Science, 4 septembre 2023, https://doi.org/10.1126/science.adk4258
  • Yao, Y., Carretero-Paulet, L., & Peer, Y. V. de. (2019). Using digital organisms to study the evolutionary consequences of whole genome duplication and polyploidy. PLOS ONE, 14(7), e0220257. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0220257
  • Vanneste, K., Baele, G., Maere, S., & Van de Peer, Y. (2014). Analysis of 41 plant genomes supports a wave of successful genome duplications in association with the Cretaceous-Paleogene boundary. Genome Research, 24(8), 1334‑1347. https://doi.org/10.1101/gr.168997.113