samedi 14 juillet 2018

Gluten : pourquoi cette intolérance ?

Divers troubles associés au gluten ?

Le rejet du gluten (un ensemble de protéines issues du blé, de l'orge et du seigle - qui donnent sa souplesse au pain et lui permettent de lever)  est croissant (oui désolé je n'ai pas résisté ), on parle parfois d'allergie ou d'intolérance et une certaine confusion avec a) la maladie cœliaque ou b) l'allergie au blé existe. Un article dans science (Servick, K., 2018) ici  fait le point. (Les membres Expériment@l-Tremplins peuvent obtenir ces articles).


Fig 1: Le gluten est un ensemble de protéines souple et résistant qui permet la levée et le moelleux du pain  [img]. Source :Paul Taylor/Getty Images in Servick, P. 2018

L'article distingue deux autres cas que l'hypersensibilité au gluten
  • la maladie cœliaque (a) est une maladie auto-immune qui touche 1% des gens (Bettayeb, 2015). Les personnes atteintes sont génétiquement prédisposées à déclencher une réponse auto-immune provoquant des lésions de la paroi de l'intestin grêle lorsqu'un composant du gluten appelé gliadine pénètre dans la paroi intestinale et déclenche une réaction inflammatoires dans les tissus proches.
  • les personnes allergiques au blé (b) réagissent aux protéines de blé en produisant une classe d'anticorps appelés immunoglobulines E des anticorps au coeur de notre défense contre les parasites, et - hélas - des allergies provoquant des vomissements, des démangeaisons et un essoufflement. Cette affection concerne 0.5% des gens (Bettayeb, 2015).

Et en français ?

La sensibilité au gluten : reconnue mais des mécanismes en débat scientifique intense

Pour les chercheurs, d'autres patients qui ne présentent ni des anticorps IgE révélateurs, ni des dommages visibles à l'intestin, mais qui ressentent un véritable soulagement lorsqu'ils suppriment les aliments contenant du gluten sont un véritable défi, un mystère à éclaircir. Il sont 6% environ (Bettayeb, 2015).

Selon Armin Alaedini, immunologue à la Columbia University, les médecins - gastroentérologues - ont considéré pendant longtemps et avec scepticisme ces patients "vous n'avez pas la maladie cœliaque, ni une allergie au blé… au revoir !" 
Il n'y a en effet pas de test très clair et le diagnostic est en général établi par le gluten challenge": Les patients évaluent ce qu'ils ressentent avant et après la suppression du gluten, puis réintroduisent le gluten ou un placebo - idéalement déguisé en pilules ou collations indiscernables - pour voir si les symptômes réapparaissent.

"Nombreux étaient ceux qui pensaient que ces effets étaient peut-être dûs à une autre sensibilité ou étaient dans la tête des gens" 
Que le blé puisse produire chez des patients non cœliaques des douleurs abdominales, ballonnements, diarrhées, et parfois maux de tête, fatigue, réactions cutanées et douleurs articulaires est maintenant largement accepté. Mais l'accord s'arrête à ce constat !

De nombreux médecins commencent à approuver et même souvent à recommander un régime sans gluten. "Finalement, nous ne sommes pas là pour faire de la science mais pour améliorer la qualité de vie des patients" dit Alessio Fasano, un gastroenterologue pédiatre au  Massachusetts General Hospital à Boston qui a étudié la NCGS et écrit un livre sur comment vivre sans gluten. Il dit que s'il doit faire une incantation magique pour améliorer l'état d'un patient - même s'il ne comprend pas pourquoi - il le fera.
On mesure bien la différence de perspective entre la science qui veut comprendre, vit les questions comme un défi et la médecine qui transforme les réponses nuancées de la science en certitudes et cherche d'abord à soigner avec ce "qui marche" - même sans savoir pourquoi.

Quand aux mécanismes pour cette sensibilité au gluten et même au rôle effectif du gluten dans cette affection, il y a débat entre les spécialistes.
C'est un de ces moments passionnants où la science progresse parce qu'il y a plusieurs explications et que de nombreux chercheurs expérimentent et débattent. La science en mouvement, en turbulences. On est loin de l'idée d'une science des certitudes...

On a donc deux hypothèses d'explication et deux camps :

  • Pour certains, cette sensibilité au gluten non-coeliaque s'explique par une réaction immunitaire (sans être une allergie) contre le gluten. Ils  la nomment non-celiac gluten sensitivity (NCGS). 
  • D'autres pensent que la plupart des patients réagissent en fait à un excédent de glucides mal absorbés qu'on trouve dans le blé et beaucoup d'autres aliments, appelés FODMAP. Ceux-ci peuvent causer des ballonnements lorsqu'ils fermentent dans l'intestin.
Le débat fait rage entre spécialistes et chacun défend sa théorie avec énergie. Si dans la science idéalisée chacun tente de vérifier si son hypothèse est fausse et ne la retient qu'après avoir éliminé toutes les autres possibilités, on voit que les scientifiques sont humains et défendent leur idée. 
Mais on voit aussi que cette question vive suscite de nombreuses recherches et débats et ... que la science avance malgré tout !
Cette publication vous aidera à remonter aux publications et à vous faire une idée vous-même.

L'immunité et des lésions de la paroi intestinale ?

Pour comprendre comment une protéine consommée peut causer une réaction immunitaire sans déclencher une allergie, il faut peut-être d'abord comprendre comment les protéines sont normalement tolérées.
Prenons un pas de coté et examinons un instant un review par Nowak-Wegrzyn, A., Szajewska, H., & Lack, G. (2017)(cf ici) intitulé "Food allergy and the gut" et qui fait le point notamment sur la manière dont sont normalement tolérées les protéines partiellement digérées (lymphocytes T régulateurs) et le rôle des bactéries commensales pour induire la tolérance orale. La figure 2 montre  la différence de réaction aux mêmes allergènes oraux et cutanés en cas d'allergie ou non.
Un résumé des auteurs pour vous donner envie d'en lire plus :
Key points
  • Food allergy affects 6–8% of children <5 years old and 3–4% of the general population in developed countries; incidence of peanut allergy has increased considerably over the past decade
  • Food allergy results from a lack of oral tolerance, a state of systemic unresponsiveness to ingested soluble antigens mediated mainly by regulatory T cells in the gastrointestinal tract
  • Food reactions can have IgE-mediated, non-IgE-mediated or a combination of IgE- mediated and non-IgE-mediated pathophysiology involving the skin, gastrointestinal tract, respiratory tract and/or cardiovascular system
  • Double-blind, placebo-controlled food challenge remains the gold standard for diagnosing food allergy
  • Dietary elimination of offending foods is the current standard of care; future therapies focus on specific food immunothera


(Les membres Expériment@l-Tremplins peuvent obtenir ces articles).

Figure 1 : Differential immune responses in the gut                  (oral tolerance) and skin (IgE sensitization and food                  allergy) using peanut allergy as an example.
Fig 2: Réaction immunitaire comparée (exemple de la cacahuète) entre a) l'intestin (
tolérance orale) et b) la peau ( sensibilsation IgE et allergie alimentaire) peau affaiblie, dermatite (g) et saine (dr). [img]. Source :Nowak-Wegrzyn, A., Szajewska, H., & Lack, G. (2017).

On voit que la tolérance aux protéines dépend d'une barrière (intestin ou peau) intacte qui prévient le contact de ces protéines étrangères avec les sang et la lymphe.

Quel lien entre la sensibilité au gluten et l'immunité ?

Rappelons que la NGCS n'est pas une allergie (qui serait associée à des IgE).
Des chercheurs (Uhde, M., ... Alaedini, A. et al 2016), ont par exemple cherché des marqueurs de réaction immunitaire en comparant des patients cœliaques, avec des non affectés et des sensibles au gluten. Chez ces derniers ils ont trouvé - à leur surprise - des niveaux sensiblement plus élevés d'anticorps suggérant une réponse immunitaire transitoire. Ces résultats n'impliquaient pas forcément que le gluten soit la cause, mais plutôt que la barrière de l'intestin serait altérée, permettant au gluten de passer à travers et d'interagir avec les cellules immunitaires du sang. D'autres éléments - tels que des bactéries susceptibles de provoquer une réponse immunitaire pourraient traverser également.
Ils ont en effet trouvé des niveaux élevés de deux protéines qui suggèrent une réponse inflammatoire à des bactéries. Et chez un groupe de 20 patients qui se sont abstenus de gluten pour 6 mois, les niveaux de ces marqueurs ont baissé
Individuals with wheat sensitivity had significantly increased serum levels of soluble CD14 and lipopolysaccharide (LPS)-binding protein, as well as antibody reactivity to bacterial LPS and flagellin. Circulating levels of fatty acid-binding protein 2 (FABP2), a marker of intestinal epithelial cell damage, were significantly elevated in the affected individuals and correlated with the immune responses to microbial products. There was a significant change towards normalisation of the levels of FABP2 and immune activation markers in a subgroup of individuals with wheat sensitivity who observed a diet excluding wheat and related cereals.


Conclusions These findings reveal a state of systemic immune activation in conjunction with a compromised intestinal epithelium affecting a subset of individuals who experience sensitivity to wheat in the absence of coeliac disease.
(Uhde, M., Ajamian, M., Caio, G., Giorgio, R. D., Indart, A., Green, P. H., … Alaedini, A. 2016)
 
Cette étude a changé la perspective de nombreuses personnes : elle identifie des marqueurs biologiques objectifs permettant de définir une affection ou une maladie.

Des sucres fermentables (fructanes) ?

D'autres pensent que la plupart des patients réagissent en fait à un excédent de glucides mal absorbés qu'on trouve dans le blé et beaucoup d'autres aliments. Ces glucides fermentables, appelés FODMAP, pour fermentable oligosaccharides, disaccharides, monosaccharides, and polyols, peuvent causer des ballonnements lorsqu'ils fermentent dans l'intestin.  Le terme a été inventé par le gastro-entérologue Peter Gibson à l'Université Monash à Melbourne, en Australie, et son équipe. De nombreux aliments communs sont riches en FODMAP : Oignons et ail, légumineuses, lait et yogourt, fruits, y compris les pommes, les cerises et les mangues, ainsi que le blé. Les diététiciens du groupe de Gibson ont estimé que des glucides dans le blé appelés fructanes peuvent représenter jusqu'à la moitié de l'apport de FODMAP d'une personne. L'équipe a découvert que ces composés fermentaient dans l'intestin provoquant des symptômes équivalents au syndrome du côlon irritable, tels que des douleurs abdominales, des ballonnements et des gaz.

Une expérience compare, chez des personnes qui se déclarent sensibles au gluten, les effets ressentis de barres de céréales  au gluten, au fructane ou sans (placebo). Skodje, G. I., … Lundin, K. E. A. (2018). ici. Les résultats de cette étude - soigneusement randomisée (7 jours une sorte, une semaine sans, puis une autre sorte, puis la 3ème)  et en aveugle (les barres sont indiscernables) -  indiquent que le fructane cause plus d'effets que le placebo et que le  gluten : cf fig.2.

https://www.gastrojournal.org/article/S0016-5085(17)36302-3/abstract#graphical_S0016508517363023
une image vaut mille mots ... mais peut être interprétée          de mille manières
Fig 2: Selon cette étude contre placebo les fructanes ont produit plus de symptômes gastro-intestinaux que le gluten [img]. Source :Skodje, G. I., … Lundin, K. E. A. (2018).

Dans son review Servick, K., (2018) (ici) écrit que si les FODMAP sont le principal coupable, des milliers de personnes pourraient être en train de suivre sans raison valable un régime sans gluten sur le conseil de leurs médecins et diététiciens. (Les membres Expériment@l-Tremplins peuvent obtenir ces articles). Figure ci-contre (Bettayeb, 2015).

Un congrès houleux ou une science qui se fait ?

Servick, K., (2018) rapporte que lors d'un congrès à l'université de Colombia en mars Alaedini (intestin poreux et allergie) et  Lundin (FODMAP) ont eu des arguments vigoureux, pour le moins !

Alaedini soutient qu'en recrutant largement dans la population insensible au gluten, plutôt que des patients qui ont réagi au blé, Lundin a probablement omis d'inclure les personnes ayant une véritable sensibilité au blé. Très peu de sujets de Lundin ont signalé des symptômes autres que ceux relatifs aux intestins, tels que des éruptions cutanées ou de la fatigue, qui pourraient indiquer une réaction immunitaire, dit Alaedini. Et il note que l'augmentation des symptômes des patients en réponse aux collations FODMAP était à peine statistiquement significative.

Lundin, quant à lui, souligne que les patients de l'étude d'Alaedini n'ont pas été confrontés à un  aveugle pour vérifier si les marqueurs immunitaires qu'il a identifiés ont vraiment augmenté en réponse au blé ou au gluten. Les marqueurs peuvent ne pas être spécifiques aux personnes ayant une sensibilité au blé, dit Lundin.

Servick, K., (2018) dit que malgré les positions contradictoires de leurs discussions, les deux chercheurs ont en fait beaucoup de terrain d'entente. Alaedini convient que les FODMAP expliquent une partie du phénomène d'évitement du blé. Et Lundin reconnaît qu'une petite population peut vraiment avoir une réaction immunitaire au gluten ou à une autre composante du blé, bien qu'il ne voie pas de bonne façon de les identifier.

Une science qui turbule et qui avance …

On commence à comprendre un peu mieux ce qui se passe, puis un jour il résultera  de ce débat un consensus et on devra récrire quelques passages dans nos cours.
Certains - qui ont besoin de certitudes et  imaginent que la science en produit - concluront que la science n'est pas fiable puisqu'elle change !
D'autres pourront utiliser cet exemple pour montrer en classe comment la science se fait par le débat et la confrontation d'idées.
Cet article montre que la science évolue et l'importance de croiser les résultats des recherche, d'entendre les débats, de prendre du recul sur nos certitudes et de les reconsidérer.


doi:10.1126/science.aau2590

  Références :

  • Bettayeb, L. (2015) Dossier gluten, le grand malentendu, Sciences et Vie VIII 2015 intranet.pdf
  • Servick, K. (2018). What's really behind 'gluten sensitivity'? Science. https://doi.org/10.1126/science.aau2590
  • Skodje, G. I., Sarna, V. K., Minelle, I. H., Rolfsen, K. L., Muir, J. G., Gibson, P. R., … Lundin, K. E. A. (2018). Fructan, Rather Than Gluten, Induces Symptoms in Patients With Self-Reported Non-Celiac Gluten Sensitivity. Gastroenterology, 154(3), 529-539.e2. https://doi.org/10.1053/j.gastro.2017.10.040
  • Uhde, M., Ajamian, M., Caio, G., Giorgio, R. D., Indart, A., Green, P. H., … Alaedini, A. (2016). Intestinal cell damage and systemic immune activation in individuals reporting sensitivity to wheat in the absence of coeliac disease. Gut, gutjnl-2016-311964. https://doi.org/10.1136/gutjnl-2016-311964
  • Nowak-Wegrzyn, A., Szajewska, H., & Lack, G. (2017). Food allergy and the gut. Nature Reviews Gastroenterology & Hepatology, 14(4), 241‑257. https://doi.org/10.1038/nrgastro.2016.187

vendredi 22 juin 2018

Les plantes règnent sur la terre, … elles font "seulement" 80% de la biomasse !

Résumé

La (bio)masse totale des êtres vivants sur terre a été estimée récemment à 550 milliards de tonnes de Carbone ( GT C) dont la majorité se trouve dans des plantes; les animaux ne font que 2 GT C. Les humains sont à peine 0.06 GT C mais leur impact sur la biomasse a pu être estimé par la diminution de moitié des végétaux depuis 10'000 ans et par la domination impressionnante de la masse des mammifères d'élevage (20 fois plus que les sauvages ) et des oiseaux d'élevage (poules etc) qui représentent autant de GT C que tous les autres oiseaux réunis. La seconde place des bactéries à 70 GT C sera une surprise pour beaucoup d'élèves (et franchement pour moi aussi...)
Ces données permettent de chiffrer des enseignements classiques des pyramides trophiques, mais remettent en question et complexifient. Quelques réflexions sur la tension entre "vérité" scientifique et nécessaire clarté des objectifs termineront cette publication.

Les plantes règnent sur la terre; elles représentent "seulement" 80% de la biomasse

Une étude récente, rapportée par Pennisi, E. (2018) dans une news de Nature ici, estime la biomasse (mesurée en Gigatonnes de Carbone pour pouvoir comparer des organismes plus ou moins gorgés d'eau etc : GT C)  de tous les êtres vivants sur notre globe. Sur un total de 550 GT C, ils calculent que les plantes font ~80% (environ 450 GT C) suivies par les  bactéries (70 GT C) et  les champignons (12 GT C). Les animaux ne font que 2 GT C dont la moitié sont des arthropodes. Les humains sont à peine 0.06 GT C (environ autant que le krill ou les termites !) mais leur impact sur la biomasse est énorme : par exemple les humains avec le bétail et les autre animaux d'élevage pèsent 20 fois plus que les mammifères sauvages, les oiseaux d'élevage dépassent tous les oiseaux "naturels" (dans le sens non modifiés par l'élevage). Les humains ont aussi eu un effet sur la biomasse végétale en la réduisant de moitié au cours des derniers 10'000 ans.


Fig 1:
biomasse (en Gigatonnes de Carbone :GT C) des êtres vivants sur notre globe selon les règnes (kingdom) [img]. Source : Pennisi, E. (2018), d'après Bar-On, Y. M., Phillips, R., & Milo, R. (2018) ici.

Bar-On, Y. M., Phillips, R., & Milo, R. (2018)  donnent aussi des estimations pour le nombre d'individus de différents taxa dans la  SI Appendix, Table S1(Les membres Expériment@l-Tremplins peuvent obtenir ces articles).

On y trouve par exemple qu'ils estiment avoir un bon degré de certitude pour les plantes"The uncertainty associated with our estimate of the biomass of plants is relatively small (≈1.2-fold)" , mais sont bien moins sûrs d'eux pour les bactéries "uncertainty associated with our estimate of the biomass of bacteria is much larger (≈9-fold)." SI Appendix, Table S1. p. 6 "

La biomasse sur terre émergée :  bien plus que dans les mers!

La biomasse établie (en compilant des publications) est répartie ainsi : 470GT C pour les terres émergées, 70 GT C pour les profondeurs des océans et du sol ( > 8m)  et seulement 6 GT C pour la biomasse marine (cf fig. 2) . La répartition des différentes catégories entre ces 3 domaines montre que les plantes sont surtout à la surface terrestre et les archées en profondeur.  (cf fig. 2)

Fig2 : Distribution de la biomasse  de différentes  êtres vivants en fonction des environnements et modes trophiques (diagramme de  Voronoi)  [img]. Source : Bar-On, Y. M., Phillips, R., & Milo, R. (2018)


Revoir nos documents d'enseignement ?

Classiquement on propose aux élèves des pyramides des biomasses basées sur un modèle de rendement théorique de 10% à chaque niveau trophique, ce qui impliquerait que les producteurs feraient pratiquement 90% (ok les matheux me feront un procès, ou s'amuseront à calculer le chiffre exact,…) mais la réalité est plus diverse bien sûr. 




Picture
Fig. 3: Pyramide des biomasses théorique  [img]. Source : http://owsenergyflow.weebly.com/biomass.html


Certains ouvrages donnent des pyramides des exemples chiffrés (cf fig. 3) , mais ces valeurs changent fortement d'un exemple à l'autre (bien sûr !) et sont parfois écartées parce que trop complexes...

Fig.4 : Pyramide des biomasses chiffrée . Source : Campbell (2017)


Fig.5 : Pyramide des énergies chiffrée. Source : Macfayden 1963 in Duvigneaud, P. (1980) 

Ces variations peuvent troubler les élèves qui préfèrent souvent des affirmations simplement vraies à apprendre.
Chevallard (1991) montre dans ses recherches sur la Transposition Didactique que cette transformation des savoirs de recherche en savoirs en classe n'est pas un appauvrissement regrettable, mais inévitable et nécessaire. (Adaptation à la biologie ici ) Les contraintes en classe font que  certains savoirs y vivent et d'autres y dépérissent. Et les chiffres bien clairs comme ce 10% sont plus faciles à mettre en oeuvre dans des exercices, plus aisés à évaluer et ont une certaine reconnaissance sociale qui rassure (les parents ont vu ça "de leur temps").
Il n'est donc pas surprenant que ces pyramides simplifiées et une mémorisation de "10x moins à chaque passage de niveau" perdurent et vivent en classe.
Avec parfois le résultat que les élèves répondent qu'il y a dix fois moins de poissons que de plancton et 10 x moins de mercure à chaque niveau trophique…  

Faut-il dire la "vérité" scientifique ou les aider à réussir l'examen ?

Une question se pose chaque fois que les progrès de la science remettent en question nos savoirs enseignés : faut-il ignorer ces modifications pour que l'ensemble du cours reste cohérent, que ce soit plus facile à apprendre pour les élèves - ou faut-il les aider à comprendre toute (ou au moins progressivement à une partie de) la complexité d'un monde qui parait changer au fur et à mesure que la science le décrit et le modélise plus précisément.
Unversement, si on change des affirmations bien ancrées dans les pratiques et la tradition, on risque que certains élèves tournent le dos à ces savoirs instables " vous avez dit des bêtises à mon père, je ne vois pas pourquoi je vous écouterais !"
Inversementsi on ne change pas on risque - et ce risque s'accroit avec l'arrivée des tablettes et smartphones en classe - qu'un élève dise "M'dame/ M'sieur, regardez, là dans Nature, ils disent que c'est 80% de végétaux ! Comment ça peut faire 10x moins à chaque niveau trophique ? "
On ne voudrait pas rabrouer ou écarter cet élève - il adopte une posture de scepticisme très scientifique, mais clairement il complique le travail de l'enseignant-e  !
La tension entre a) le besoin de "vérité" scolaire -  celle qui assure la bonne note - et b) une "vérité" scientifique forcément temporaire et complexe, nuancée et déterminée par des méthodes est une tension que les biologistes doivent affronter.
Ce paradoxe se résout peut-être lorsque les élèves sont au clair sur la différence entre
  • a) La nécessaire clarification des objectifs : les savoirs et notamment modèles à institutionnaliser (simplifiés) : ceux que les élèves doivent savoir utiliser, qui assurent  une bonne note et qui sont définis et (pour l'année scolaire) absolus dans le cadre de la classe.
  • b) L'état actuel des connaissances, complexes forcément susceptibles de changer, qui souvent font l'objet de débats, ont un degré de validité et de certitude partiel mais bien défini pour les chercheurs. 

Une question pour l'avenir des élèves.

La réduction de biomasse depuis l'apparition de l'homme est précisée dans l'Appendix.

"For plants, however, some estimates are available. The biomass of plants is dominated by trees. Estimates put the global biomass of trees before human civilization at around twice its current value (294). As plants are the dominant fraction of global biomass, this means that humans have reduced the total biomass of the biosphere to about half of its pre-human value." p. 59

Cela nuance pas mal l'affirmation un peu définitive de la news "Humans have also had an impact on plant biomass, which has been cut in half in the past 10,000 years" Pennisi, E. (2018). Encore une fois l'inévitable et nécessaire simplification ?

Jonassen (2003), dit que le péché intellectuel le plus grave qu'un enseignant puisse commettre est de simplifier les idées enseignées aux élèves afin de faciliter leur transmission... Mais qui les prépare à affronter un monde qui est complexe ?

"The greatest intellectual sin that we educators commit is to oversimplify most ideas that we teach in order to make them more easily transmissible to learners. In addition to removing ideas from their natural contexts for teaching, we also strip ideas of their contextual cues and information and distill the idea to their "simplest" form so that students will more readily learn them. But what are they learning? That knowledge is divorced from reality, and that the world is a reliable and simple place.  But the world is not a reliable and simple place, and ideas rely on the contexts they occur in for meaning " Jonassen, D. H. (2003) p.8
Une question ... complexe (même pour nous !)
Cette réduction de biomasse pourrait-elles impliquer que ces végétaux pèseraient (pardon les physiciens: auraient une fraction de la masse équivalente à) 90% sans les humains ? Signifie-t-elle que les animaux ont aussi diminué de moitié ?
Une belle question ouverte pour faire débattre et discuter les méthodes et les conclusions.

On pourrait aussi se demander ou est passé tout le carbone de ces plantes disparues…


Sources :

lundi 18 juin 2018

Invitation à la Rencontre entre le prof. Trinh Xuan Thuan et les élèves du CO mardi 19 juin


Invitation à la Rencontre entre le prof. Trinh Xuan Thuan et les élèves du CO


A l'occasion de la venue du Professeur Trinh Xuan Thuan à Genève, le Conseil de la Fondation Yves et Inez Oltramare serait heureux de vous inviter à assister à la rencontre organisée dans l'après-midi par les médiateurs scientifiques d'Animascience/MJSR en concertation avec l'Université de Genève, ainsi qu'à l'apéritif qui s'en suivra, offert par la Fondation.

La rencontre aura lieu le mardi 19 juin, de 14h30 à 16h00 à Uni Dufour dans l'auditoire U600.

En souhaitant que vous puissiez répondre positivement à cette invitation et dans l'attente de votre réponse, je vous prie de croire, Madame, Monsieur, à l'expression de mes salutations les meilleures.

Bien à vous, 

Gaël Ottoni, médiateur scientifique et co-organisateur de la rencontre

__________________________________________________
Gaël Ottoni PhD Student in Planetary Sciences

Observatoire Astronomique de l'Université de Genève 51 chemin des Maillettes - Sauverny CH 1290 Versoix

Office: +41 22 379 24 72

mardi 5 juin 2018

Images de science, modèles et compréhension du monde, Communication scientifique : conférence ECSITE

ECSITE 2018 Genève : une foison de conférences et débats

De très beaux évènements organisés par nos musées, le CERN, l'UNIGE et le Campus Biotech ont lieu ces prochains jours, notamment à l'occasion d'une très grande conférence  sur la communication scientifique, ECSITE (plus important réseau européen de musées d'histoire naturelle et centres de science).
La conférence réunira des milliers de spécialistes, elle est payante, mais le musée proposera une plate-forme digitale dans laquelle seront regroupées des interviews de personnalités présentes à Genève pendant ces journées, mais aussi des vidéos des principaux événements et expositions:

MUSEUM ECSITE 2018 

 
Bien que l'enseignement - plus approfondi et dans la durée - diffère souvent de la communication scientifique dans les musées et les lieux de science comme les Scopes de l'université de Genève aux moyens bien plus importants. Ce que savent les élèves provient beaucoup et peut-être plus des apprentissages informels. Il y a beaucoup à apprendre de part et d'autres  ces échanges. Cf par exemple  Fenichel, M., & Schweingruber, H. A. (2010). Librement accessible ici  

Concernant les enseignants on peut relever des débats sur des questions de société («Space for life» avec l'astrophysicien Michel Mayor, «faith and facts» ou encore «Public engagement with evolution» avec les Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville). Voir plus bas et sur le programme de la conférence



Plusieurs évènements ouverts à tous 

D'autre part dans la série Images de Sciences,  ouverte à tous, le thème des modèles, au coeur du PER pour les sciences est abordé sous un angle intéressant : les modèles dans les musées.

Images de science :  Modèles et compréhension du monde ?  mercredi 13 juin à 20h


par Jean-Daniel Nicolet
Ou comment une simple curiosité bien menée conduit à inventer une démarche scientifique !


Beauté animale
de la taxidermie à la sculpture
Petite exposition temporaire en complément d' "Images de science" organisée pour la conférence européenne Ecsite
du 6 juin au 26 août dans le salon du Musée d'Histoire des Sciences



vernissage mardi 5 juin à 19h
Le taxidermiste, artisan essentiel des muséums d'histoire naturelle, s'attache à réparer et prolonger la vie.  Lorsqu'il pratique la sculpture, détaché de l'animal physique, il devient totalement maître de sa création.
Venez découvrir les beautés de trois sculpteurs ayant exercé aux Muséums de Genève et de Paris : François Chapelain-Midy, Yvan Larsen et Thierri Jaccoud

Ouvert à tous

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Ouvert à tous et gratuit




Genève, capitale européenne de la communication scientifique

A l'invitation du Muséum d'histoire naturelle de Genève et de ses partenaires, le CERN, l'UNIGE et le Campus Biotech, la Ville de Genève s'apprête à accueillir la conférence annuelle du plus grand réseau européen de muséums d'histoire naturelle et centres de sciences. Plus de 1000 participant-e-s sont attendu-es !

Genève Ville de science sera propulsée durant cinq jours sur la scène internationale dans le domaine de la culture scientifique, une première pour la Suisse.  Ecsite est le plus important réseau européen de musées d'histoire naturelle et centres de science. Il compte à ce jour près de 340 membres institutionnels, issus de plus de 50 pays.

Le programme de cette édition genevoise compte une centaine d'événements, des conférences thématiques se déroulant pour la plupart au CICG (Centre International des Conférences), un game lab et maker space, des expositions et soirées événementielles, dont une Nocturne au Muséum le 8 juin.

«Creative collisions», le grand thème d'Ecsite 2018, donnera lieu à de stimulantes rencontres. Les interventions du physicien du LHC / CERN et artiste James Beacham, ou encore des sœurs Giulia et Jill Enders auteures du best-seller «Le charme discret de l'intestin» sont en ce sens très attendues.

Les grands enjeux contemporains de la médiation et communication scientifiques seront au rendez-vous, avec en particulier:
- des expériences digitales (escape games, serious games, hackaton, ou virtual reality avec le CERN, l'UNIGE, ou le Technorama…),
- des questions de société («Space for life» avec l'astrophysicien Michel Mayor, «faith and facts» ou encore «Public engagement with evolution» avec les Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville),
- des problématiques muséales («experience design» ou «recontextualising collections» avec le Muséum de Genève…).

Genève est proportionnellement à la taille de son territoire, une des villes à forte densité en centres scientifiques d'excellence. Depuis des siècles, Genève nourrit une passion pour la pratique des sciences et la transmission des savoirs. Ville et région de science et de culture, elle est actuellement reconnue par la communauté scientifique comme un centre de réputation mondiale dans des domaines aussi variés que l'astronomie, la physique, la biologie, la biotechnologie ou la médecine. Et les genevoises et genevois témoignent régulièrement leur attachement aux événements culturels scientifiques, telle que la Nuit de la Science dont la 12e édition se déroule du 7 au 8 juillet 2018.

Le Muséum accompagne la venue d'Ecsite à Genève d'une offre culturelle accrue:
- «Faites comme chez nous», l'espace interactif destiné à découvrir le travail des scientifiques du musée, rouvre le 9 juin avec un nouveau «serious game» consacré aux puces de canard,
- «La nuit est belle», une exposition pour sensibiliser le public à la pollution lumineuse et l'inciter à redécouvrir la nuit est proposée du 26 mai au 6 janvier, au 2e étage du Muséum,
- «Ambre», le projet d'extension et de rénovation partielle du bâtiment est visible dans le hall d'entrée du musée,
- «Beauté animale – de la taxidermie à la sculpture», permet d'admirer les œuvres de trois taxidermistes-sculpteurs, François Chapelain-Midy, Yvan Larsen et Thierri Jaccoud au Musée d'histoire des sciences, dès le 5 juin.

A l'heure où les connaissances scientifiques sont mises à rude épreuve par un scepticisme global, voire même le retour de certains obscurantismes, la culture scientifique représente plus que jamais un enjeu cardinal pour relever les défis planétaires, notamment environnementaux, de nos sociétés contemporaines. La science et la transmission des connaissances doivent aussi faire face aujourd'hui à une ère de «post-vérité» qui produit des ignorances dangereuses qui peuvent modifier nos représentations collectives et conditionner nos choix culturels, économiques et sociaux.

En partageant leurs expériences et en imaginant de nouvelles formes de transmission des connaissances, les participant-e-s à la prochaine conférence Ecsite à Genève apporteront de riches éclairages.

Retrouvez aussi le Muséum sur: MUSEUM ECSITE 2018
Facebook, Instagram et Twitter: @museum.geneve
Youtube: Muséum Genève
www.museum-geneve.ch

Et Ecsite sur :
-        Page officielle de la Conférence Ecsite à Genève: https://www.ecsite.eu/annual-conference
-        Programme de la conférence: http://www.ecsite.eu/annual-conference/programme
-        Twitter: #Ecsite2018 and follow @Ecsite  


**********:


Sources  :
  • Fenichel, M., & Schweingruber, H. A. (2010). Surrounded by science: Learning science in informal environments. Washington DC: National Academy Press. Librement accessible ici


La plateforme  Expériment@-Tremplinsl  vous offre l'accès a ces articles Comment  Obtenir un article mentionné


François Lombard, chargé de projet Expériment@l Faculté des Sciences UniGE


mardi 29 mai 2018

Venez participer au BioBlitz dimanche 3 juin à Verbois



Bonjour 
Nous vous invitons à l'événement suivant :
Bioblitz aux Teppes de Verbois
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Date, heure et lieu de l'événement :
Dimanche 3 juin 2018 de 13:00 à 18:00 (heure d'été d'Europe centrale heure : Suisse)
Teppes de Verbois
Chemin des Teppes-du-Biolay
1281 Russin
Suisse

Partager cet événement :
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Un Bioblitz est un effort concentré pour inventorier un maximum d'espèces dans un espace et un temps donnés pour en évaluer la biodiversité.
Ce dimanche 3 juin, amateurs, passionnés et spécialistes seront réunis pour établir cet inventaire d'espèces animales et végétales dans un secteur des Teppes. Les données récoltées seront validées par des spécialistes afin d'être utilisées ultérieurement pour la recherche.
Nos partenaires scientifiques, Faune Genève, les Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de Genève, Info Flora et la Société botanique de Genève, nous aideront lors de ces récoltes. Grâce à l'ONG Objectif Sciences International un Bioblitz dédié particulièrement aux enfants sera aussi proposé.
Pour les amoureux des libellules, un itinéraire de promenade vous permettra d'observer ces animaux et la nouvelle application smartphone gratuite  «Libellul'ID»

FAQ
 Plan du                                                            site
Quelles sont les différentes options de transport/parking à l'arrivée sur le site et une fois l'événement terminé ?
Accès:
En train Regio, direction La Plaine, arrêt Russin ou Bus X, direction La Plaine, arrêt Russin-Village, puis à pied (15 min.)
En bateau, la Perle du Rhône, départ à 11h du Quai des Moulins en l'Ile, arrivée à Verbois à 12h30 : prix par personne CHF 10.- (les cartes de crédit ne sont pas acceptées).
En voiture, parking gratuit sur place.

Que puis-je apporter à l'événement ?
Votre bonne humeur et un smartphone chargé.

PartenairesPartagez cet événement sur Facebook et Twitter. Nous espérons que vous pourrez venir !À très bientôt,Bioscope (Université de Genève)


eventbrite

mercredi 16 mai 2018

Jeudi 17 mai CMU «Reading in the brain: new images of how education transforms us» Stanislas DEHAENE,


Stanislas Dehaene est une référence dans le domaine de la neuro-education. Les résultats des neurosciences appliqués à l'éducation. Certains apprécient une approche fondée sur des données de neuro-imagerie (IRMf notamment), plus proches des pratiques des sciences expérimentales (biologistes, physiciens, chimistes). D'autres y voient une mode qui enfonce des portes ouvertes (la répétition, l'attention,...). Par exemple :

  • Dehaene, S., & Montialoux, C. (2012). 15. Que nous apprennent les neurosciences sur les meilleures pratiques pédagogiques ? Regards croisés sur l'économie, (12), 231‑244. https://doi.org/10.3917/rce.012.0231
C'est en tous cas une référence qu'il vaut la peine de venir écouter en personne ! Attention c'est jeudi 17 très bientôt
 
MAY 17, THURSDAY
Jeudis de la Faculté – Frontiers in Biomedicine
12h30, CMU – Auditoire Alex F.-Müller (A250)
Stanislas DEHAENE, Professor at Collège de France, Paris, Director of the NeuroSpin Brain Imaging Center, Saclay, France
«Reading in the brain: new images of how education transforms us»

Host: Prof. Pedro Herrera, Dept. Genetic Medicine & Development - Faculty of Medicine
«Pr. Stanislas Dehaene is a pioneer in the study of the neural bases of human cognitive functions such as reading, calculation and language, with a particular interest for the differences between conscious and non-conscious processing, and for the impact of education on the brain.

As the many accessible video clips show, Stanislas is an excellent communicator, a very clear and accessible speaker. He is the author of several books for the general public, including The Number Sense, Reading in the Brain, and Consciousness and the Brain, which are very successful. He has also created television documentaries and authored more than 300 scientific publications in journals such as Science, Nature, Nature Neuroscience and PNAS.

His talk this week will be of relevance to colleagues in neurosciences, but also to anyone interested in understanding how reading changes a child's brain. Reading is both the result of human evolution and a major actor in our cultural explosion, for this invention, in turn, sharpened our mind.

Make sure you don't miss his talk: this Thursday at 12.30PM in A250!»