Le catastrophisme décourage et ne fait pas changer les comportements. Mais faut-il pour autant tomber dans le pessimisme désillusionné ?
Un exemple récent va dans ce sens : “Les nouvelles ne sont pas toutes mauvaises : cinq histoires scientifiques inspirantes pour remonter le moral” (Fieldhouse, 2026) (ici) publié dans Nature.
Ça ne concerne pas ma discipline ?
La Loi sur l’instruction publique dit clairement que traiter ces questions d’environnement fait partie des missions de l’école. Plus précisément, la LIP art. 10, al. 1, let. e demande de « rendre chaque élève progressivement conscient de son appartenance au monde qui l’entoure, en éveillant en lui […] l’attachement aux objectifs du développement durable ». On peut percevoir cette injonction comme une tension entre, d’une part, une dimension normative — éveiller l’adhésion à certaines valeurs — et, d’autre part, le développement de compétences scientifiques : apprendre à valider des connaissances à partir de données discutées, comparées et mises en perspective, dans un effort d’objectivité.
Cette tension invite justement à la prudence : traiter ces questions ne signifie pas nécessairement adopter un ton qui cherche à convaincre. Or, si l’on entre dans une logique de persuasion — tentation que la formulation de la LIP peut encourager — l’article de Knowlton (2017) (ici) indique que l’approche la plus fréquente, qui consiste à “peindre le diable sur la muraille”, n’est peut-être pas la plus efficace. La psychologie sociale renforce cette réserve : lorsqu’un interlocuteur perçoit qu’on cherche à le convaincre, il peut mettre en place des mécanismes de protection, et l’effet peut alors s’inverser (Pratkanis & Aronson, 1992).
Chaque discipline trouvera sa manière de travailler cette tension. En sciences, on aime bien partir des données. Le professeur Andreas Mueller a attiré l’attention de JTS sur Our World in Data. , qui permet d’explorer des données montrant les changements des conditions de vie au niveau mondial ou par région, et de les représenter de diverses manières.
Le monde va mal. Il va mieux. Il peut aller beaucoup mieux… trois fois vrai !
Selon Roser (2022 ici), les médias nous montrent surtout ce qui dysfonctionne : guerres, pauvreté, maladies, inégalités, dérèglements climatiques. À force, on peut avoir l’impression que tout empire. Mais l’excès inverse est tout aussi trompeur : ne parler que des progrès réalisés, c’est risquer d’effacer les souffrances bien réelles de millions de personnes.L’intérêt de ce texte est de montrer que ces trois idées qui semblent contradictoires sont vraies en même temps : le monde reste profondément injuste et dur pour beaucoup ; il s’est pourtant beaucoup amélioré sur de nombreux plans ; et il peut encore s’améliorer fortement.C’est précisément cette tension qui rend le raisonnement puissant. Voir seulement les catastrophes paralyse par désespoir. Voir seulement les progrès paralyse par satisfaction. Mais comprendre les deux à la fois ouvre un espace d’action : les progrès passés montrent que le changement est possible ; les problèmes présents rappellent qu’il est encore nécessaire. Une lecture salutaire contre deux pièges symétriques : le catastrophisme qui décourage, et l’optimisme béat qui endort.
encourage le lecteur à aller vérifier dans l’article d’origine : ici
Des données pour discuter des conditions de vie dans le monde - depuis 200 ans
Max Roser part du constat que bien des gens ont l’impression que le monde va surtout de plus en plus mal. Dans plusieurs pays riches, très peu de personnes pensent que le monde progresse. En 2015, seuls 10 % des Suédois, 6 % des Américains et 4 % des Allemands interrogés estimaient que les choses allaient mieux. . Le fondateur de Our World in Data propose de prendre cette impression au sérieux — mais de la confronter aux données. Si l’on veut savoir si le monde s’améliore ou se dégrade, il ne suffit pas de regarder les nouvelles du jour, ni son propre pays, ni sa propre génération. Il faut changer d’échelle : regarder l’histoire longue des conditions de vie, et la regarder pour l’humanité entière. Il avait rassemblé ces données en 2016, (mis à jour en 2024) Trad avec l'aide de l'IA (ici)
C’est ce déplacement qui fait la force du texte. Il ne s’agit pas de nier les crises, les inégalités ou les souffrances actuelles. Il s’agit de poser une question plus exigeante : comment la vie humaine a-t-elle changé, globalement, au cours des deux derniers siècles ? Santé, pauvreté, éducation, mortalité infantile, démocratie, accès aux ressources : sur plusieurs dimensions essentielles, les données montrent des progrès immenses — souvent mal connus. L’enjeu n’est donc pas de se rassurer naïvement. Il est de comprendre que le progrès n’est ni automatique ni imaginaire : il a eu lieu, il peut être documenté, et il donne des raisons d’agir. Trad. IA-aidée
encourage le lecteur à aller vérifier dans l’article d’origine : ici
Ce graphique synthétise, en pourcentages, plusieurs indicateurs présentés par Roser [img]. Source : Roser (ici)
Références:
- Brosch, T. (2021). Affect and emotions as drivers of climate change perception and action : A review. Current Opinion in Behavioral Sciences, 42, 15‑21.https://doi.org/10.1016/j.cobeha.2021.02.001
- Fieldhouse, R. (2026). The news is not all bad : Five inspiring science stories to lift your mood. Nature. https://doi.org/10.1038/d41586-026-01290-5
- Knowlton, N. (2017). Doom and gloom won’t save the world. Nature News, 544(7650), 271. https://doi.org/10.1038/544271a Roser, M. (2016). The short history of global living conditions and why it matters that we know it. Our World in Data. https://ourworldindata.org/a-history-of-global-living-conditions
- Roser, M. (2022). The world is awful. The world is much better. The world can be much better. Our World in Data. https://ourworldindata.org/much-better-awful-can-be-better
- Pratkanis, A. R., & Aronson, E. (1992). The age of propaganda / The everyday use and abuse of persuasion. New York: WH Freeman.
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