dimanche 29 mars 2026

Mettre fin au "non-sens" avec des ARN --

Mettre fin au non-sens

Le code génétique représenté sous forme de tableauDes ARN de transfert modifiés neutralisent l'effet de variants génétiques « non-sens » qui introduisent un codon stop indésirable (appelé codon de terminaison prématurée, ou PTC) là où devrait se trouver un codon habituel.
La méthode repose sur la synthèse d'ARNt modifiés (ARTNt suppresseurs sup-tRNA en anglais) qui se fixent sur l'ARNm au niveau du PTC et apportent un acide aminé qui permet la poursuite de la traduction en une protéine de longueur complète. La figure 2 de Keeling (2025) décrit le principe du mécanisme d'action des
sup-tRNA

…sans modifier le génome, modifier son expression !

Dans une News and Views de Nature au titre malicieusement formulé — "Stop the nonsense: genome editing creates potentially therapeutic transfer RNAs" — Keeling (2025)  (ici), présente le travail de Pierce et al. (2025) (ici), qui ouvre une piste thérapeutique pour toute une classe de maladies rares. Plus de 7 000 maladies rares sont connues, mais seules environ 5 % disposent d'un traitement. Parmi les variants pathogènes, une proportion non négligeable correspond à des mutations « non-sens » : une mutation transforme un codon ordinaire en codon stop prématuré (voir le tableau de la fig. 1 ci-contre), ce qui interrompt trop tôt la synthèse de la protéine. La stratégie testée ici consiste à faire lire malgré tout ce stop anormal pour obtenir une protéine de longueur complète. Reste qu'une protéine  de longueur complète n'est pas forcément une protéine normale : l'acide aminé inséré à la place du stop peut en modifier la structure et en altérer la fonction. Malgré cette limite, une récupération même partielle de la fonction peut déjà suffire à atténuer certaines maladies graves. À ce stade, toutefois, la méthode ne vise qu'un seul type de codon stop prématuré, UAG, et pas encore UAA ni UGA.  Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles                plutot que vulgariser encourage le lecteur à aller vérifier dans l'article d'origine :  ici

Cette technique montre bien que les ARNt détiennent la clé du code

Cette technique montre bien que les ARNt ne portent pas le "code" au sens génétique, mais qu'ils en détiennent une clé essentielle au moment de la traduction. Elle invite aussi à distinguer deux usages du terme "code génétique", souvent confondus dans l'enseignement : le code comme tableau de correspondance entre codons et acides aminés, et le "code" comme manière vague de désigner l'information héréditaire elle-même, comme lorsqu'on dit qu'un enfant "reçoit le code génétique de ses parents".

Cet article rappelle utilement que le "code génétique" n'est donc pas seulement le tableau appris à l'école (fig. 1). Ce tableau peut suggérer qu'un codon de l'ARNm "désigne" directement un acide aminé. En réalité, dans la cellule, cette correspondance passe par les ARNt, qui reconnaissent les codons et apportent les acides aminés : ils sont au cœur de la mise en œuvre concrète du code, tout en étant eux-mêmes, comme les autres ARN, spécifiés par des gènes dans l'ADN. Les ARNt suppresseurs le montrent de façon particulièrement claire : en modifiant l'ARNt qui reconnaît un codon stop prématuré, on modifie la traduction sans changer la séquence du gène muté lui-même. Voilà une bonne occasion de faire percevoir aux élèves le code génétique non comme une simple table de conversion, mais comme un dispositif moléculaire concret de reconnaissance et d'appariement. 

Principe d'action de cette piste thérapeutique

L'idée générale de Pierce et al. (2025) est de faire lire malgré tout un codon stop prématuré afin de permettre la production d'une protéine de longueur complète. Il ne s'agit donc pas de corriger le gène muté lui-même, mais de modifier l'anticodon d'un ARNt endogène pour le transformer en ARNt suppresseur capable de relire un codon stop prématuré et d'insérer un acide aminé à la place du signal d'arrêt. Cela ne garantit toutefois ni une structure correcte, ni une stabilité normale, ni une pleine fonctionnalité de la protéine produite. Comme seuls les tissus ou le vecteur a été introduit sont modifiés, et que les codons stop normaux sont mieux protégés que les stops prématurés, l'approche n'entraîne pas une lecture anarchique de l'ensemble des signaux d'arrêt.
La nouveauté importante est qu'il ne s'agit plus d'administrer ces ARNt comme agents thérapeutiques, mais d'utiliser le prime editing pour convertir des ARNt naturels en ARNt suppresseurs susceptibles d'être exprimés durablement dans les cellules ayant reçu le vecteur. Alors que les stratégies antérieures exigeaient des administrations répétées au moyen de systèmes sophistiqués de délivrance, cette approche pourrait, en principe, permettre une expression continue de sup-ARNt à des niveaux physiologiques. Des études animales à long terme seront toutefois nécessaires pour vérifier que cette expression reste stable et ne provoque pas d'effets secondaires indésirables.Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles                plutot que vulgariser encourage le lecteur à aller vérifier dans l'article d'origine :  ici

Figure 1

Figure 2 | principe d'action des ARNt suppresseur. a, Dans les cellules, la synthèse des protéines a lieu lorsque la machinerie ribosomique décode la séquence d'un ARN messager afin de déterminer quel acide aminé doit être ajouté ensuite à une chaîne protéique en cours d'élongation, portée par un ARN de transfert. De nombreuses variantes génétiques contiennent des codons de terminaison prématurée (PTC) — des triplets de nucléotides qui, une fois transcrits en ARN messager, interrompent la synthèse de la protéine avant que celle-ci n'ait atteint sa longueur complète.

b, Pierce et al. ont utilisé une technique d'édition du génome pour transformer des ARNt naturellement exprimés en ARNt suppresseurs (sup-tRNAs), capables de reconnaître un type particulier de PTC. Pendant la synthèse de la protéine, ce sup-ARNt se fixe sur le PTC et ajoute un acide aminé à la chaîne protéique. Cela permet à la synthèse de se poursuivre au-delà du PTC et d'aboutir à une protéine de longueur complète. De tels sup-ARNt présentent un potentiel thérapeutique pour des maladies associées à des variantes génétiques contenant des PTC. Source Kim Keeling (2025). (ici).

Mecanisme d'action de cette piste thérapeutique

 Keeling (2025) indique que Pierce et al. (2025) ont identifié un ARNt suppresseur particulièrement actif contre un type précis de codon stop prématuré, UAG, puis l'ont testé dans des cellules humaines et chez la souris. Dans des lignées cellulaires porteuses de variants pathogènes, ils observent une restauration allant de 20 à 70 % de la fonction protéique normale. Dans un modèle murin de mucopolysaccharidose de type I, ils obtiennent jusqu'à 8 % d'activité normale de l'enzyme déficiente, ce qui suffit à atténuer plusieurs manifestations de la maladie. Ils rapportent aussi peu d'effets hors cible détectables et aucune lecture indésirable des codons stop normaux. Enfin, un criblage à grande échelle suggère que cette stratégie pourrait fonctionner dans de nombreux contextes moléculaires impliquant le codon UAG, y compris pour certains variants du gène CFTR, responsable de la mucoviscidose.Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles                plutot que vulgariser encourage le lecteur à aller vérifier dans l'article d'origine :  ici

Une exigence essentielle pour cette technique, comme pour les autres approches thérapeutiques fondées sur la suppression du non-sens, est d'obtenir une restauration cliniquement pertinente de la fonction de la protéine cible. Pierce et al. rapportent qu'une restauration allant jusqu'à 8 % de la fonction normale de la protéine a suffi à atténuer les symptômes dans un modèle murin de MPS I, une maladie pour laquelle moins de 1 % de la fonction normale suffit déjà à réduire nettement les manifestations cliniques. En revanche, un tel niveau serait insuffisant pour de nombreuses maladies génétiques nécessitant un seuil de correction plus élevé. Il faudra donc encore améliorer l'efficacité et la puissance des sup-ARNt utilisés pour la suppression du non-sens. Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles                plutot que vulgariser encourage le lecteur à aller vérifier dans l'article d'origine :  ici

Même si les résultats de Pierce et de ses collègues suggèrent que cette approche par sup-ARNt pourrait avoir une large applicabilité, il faut garder à l'esprit que l'acide aminé inséré dans une chaîne protéique lors de la lecture au-delà d'un PTC peut avoir un effet important sur la stabilité et la fonction de la protéine. Il est donc peu probable que ce sup-ARNt permette de restaurer une fonction optimale pour toutes les protéines codées par des variants contenant un UAG. Des travaux supplémentaires seront nécessaires pour développer des sup-ARNt optimisés capables de permettre la lecture au-delà d'autres PTC, par exemple les codons UAA et UGA.

Mécanisme de prime editing ?

Le prime editing est utilisé ici comme un outil de "réécriture ciblée" : non pas pour corriger le gène muté, mais pour modifier l'anticodon d'un ARNt endogène et le transformer en ARNt suppresseur capable de relire un codon stop prématuré. 

Pour approfondir voir Anzalone, & al.  (2019).. ici:
Concrètement, Pierce et al. ciblent la boucle anticodon de gènes d'ARNt endogènes et remplacent l'anticodon natif par un anticodon suppresseur — par exemple CUA, UCA ou UUA — afin de reconnaître respectivement les codons stop TAG, TGA ou TAA. Jump-To-Science : donner envie d'accéder aux articles                plutot que vulgariser encourage le lecteur à aller vérifier dans l'article d'origine :  ici

From: Prime editing-installed suppressor tRNAs for disease-agnostic genome editing


https://www.nature.com/articles/s41586-025-09732-2/figures/1
Fig 3: : Prime editing-mediated conversion of endogenous tRNAs to sup-tRNAs in mammalian cells. Schematic of prime editing strategy to generate sup-tRNAs [img]. Source :Pierce et al (2025)


Références:

  • Anzalone, A. V., Randolph, P. B., Davis, J. R., Sousa, A. A., Koblan, L. W., Levy, J. M., Chen, P. J., Wilson, C., Newby, G. A., Raguram, A., & Liu, D. R. (2019). Search-and-replace genome editing without double-strand breaks or donor DNA. Nature, 576(7785), 149‑157. https://doi.org/10.1038/s41586-019-1711-4
  • Keeling, K. M. (s. d.). Transfer RNAs edited for 'non-stop' gene therapy: Transfer RNAs edited for 'non-stop' gene therapy. nature, 648(8092). Consulté 25 mars 2026, à l'adresse https://www.nature.com/articles/d41586-025-03587-3.pdf
    Keeling, K. M. (2025). Stop the nonsense : Genome editing creates potentially therapeutic transfer RNAs. Nature, 648(8092), 43‑45. https://doi.org/10.1038/d41586-025-03587-3
    Pierce, S. E., Erwood, S., Oye, K., An, M., Krasnow, N., Zhang, E., Raguram, A., Seelig, D., Osborn, M. J., & Liu, D. R. (2025). Prime editing-installed suppressor tRNAs for disease-agnostic genome editing. Nature, 648(8092), 191‑202. https://doi.org/10.1038/s41586-025-09732-2

mercredi 11 mars 2026

Semaine du Cerveau / Bioscope au salon des inventions / Formation Naturaliste

Petit rappel, en ce moment a lieu... La semaine du cerveau 2026: ça vous parle ? …Le langage… au cœur de l'éducation

Chaque année, la Semaine du Cerveau propose un cycle de conférences de très haute qualité, accompagné d'un spectacle. Cette édition est consacrée au langage.
Dans cet esprit, Jump-To-Science en propose ici un éclairage particulier, notamment sous l'angle de l'apprentissage et de l'enseignement. 19h UniDufour
Détails de la conférence : Semaine du Cerveau

Un espoir pour ceux qui n'ont pas pu venir  :  les enregistrements des conférences sont en général mis en ligne sur le site  Semaine du Cerveau quelques temps après

LUNDI 9 MARS,  À L'INTÉRIEUR DU CERVEAU QUI PARLE

La capacité à communiquer par le langage nous semble naturelle, presque évidente. Mais comment le cerveau y parvient-il ? Il est organisé pour traiter le langage et créer automatiquement des liens entre les mots, selon les régularités de la langue maternelle. Intervenante : Nina Kazanina (UNIGE)

MARDI 10 MARS,  PREMIERS MOTS, NOUVELLES LANGUES

Le cerveau humain traite le langage dès la vie fœtale et ajuste progressivement sa perception à la langue de l'environnement. Le multilinguisme met en lumière comment il parvient à passer d'une langue à l'autre avec une remarquable efficacité. Intervenant-es : Hélène Delage (UNIGE) et Alexis Hervais-Adelman (UNIGE)

MERCREDI 11 MARS LE CERVEAU QUI REPREND LA PAROLE

Les troubles du langage dévoilent comment le cerveau organise et active ses réseaux céré- braux pour nous permettre de communiquer. Après une lésion, ces mêmes réseaux peuvent être stimulés pour aider le cerveau à retrouver la parole. Intervenant-es : Adrian Guggisberg (HUG) et Marina Laganaro (UNIGE)

JEUDI 12 MARS,  LES VOIES DU LANGAGE NON VERBAL

La communication non verbale façonne le déroulement des échanges sociaux et interagit étroitement avec le langage. Chez l'humain comme chez les singes, les vocalisations émotionnelles mobilisent des mécanismes cérébraux spécifiques qui permettent de décoder intentions et états affectifs. Intervenants : Adrian Bangerter (UNINE) et Didier Grandjean (UNIGE) VENDREDI 14 MARS, CONFÉRENCE INTERACTIVE ET SPECTACLE

DUEL DE LANGAGE : HUMAIN VS. IA

Les mécanismes du langage chez l'humain et chez les intelligences artificielles sont comparés à travers une conférence ponctuée d'expériences interactives. Un spectacle prolonge cette réflexion grâce à un dispositif scénique inédit, confrontant l'improvisation humaine à des textes générés par une intelligence artificielle.
Intervenants : Timothée Proix (ETHZ) et la compagnie suisse d'improvisation Alliance créative



Invitation

Stand du Bioscope

Au Salon International des Inventions de Genève

Le 14 et 15 mars 2026

La Biodiversité sous la loupe

Photo de Cécile Hournau

Retrouvez le Bioscope dans l'espace du Scienscope au Salon International des Inventions, le samedi 14 et dimanche 15 mars à Palexpo. L'occasion d'en apprendre plus sur la biodiversité et la richesse du vivant!

🔬 Observations à la loupe binoculaire et au microscope

🐝 Les espèces menacées en Suisse

🌱 La vie des sols


Horaires du stand:
Samedi 14 mars : 10h30 – 17h
Dimanche 15 mars : 10h – 16h

Nous nous réjouissons de vous retrouver nombreuses et nombreux sur le stand! Avec nos cordiales salutations, L'équipe du Bioscope

Avec le Scienscope de l'Université de Genève et la Fondation Convergences

Bioscope Maison de l'enfance et de l'adolescence 26 Blvd de la Cluse 1205 Genève bioscope@unige.ch



Formation Naturaliste 2026

  1. Ornithologie

  2. Mammalogie

  3. Plantes médicinales - printemps

  4. Plantes médicinales - automne

  5. Botanique

  6. Minéraux et roches

  7. Araignées


1. Ornithologie

8 cours, répartis sur l'année Responsable Laurent Vallotton
Nombre de participant.e.s De 8 à 15 personnes.

Description Ce cours d'ornithologie pratique, destiné à tous, est réparti sur l'année et s'articule essentiellement entre excursions et baguage d'oiseaux. Sauf une excursion vespérale, toutes ces sorties durent la journée.

Pour les inscriptions : [https://www.pronatura-ge.ch/fr/taxonomy/term/286]

Dates

Cours Type Date Heures Détails
1 Terrain dimanche 29 mars 2026 Dès 8h30 Baguage des Chouettes hulottes au pied du Jura vaudois
2 Terrain dimanche 19 avril 2026 10h00-20h00 Balade aux Follatères VS et écoute du Grand-duc d'Europe à Branson VS
3 Terrain dimanche 26 avril 2026 Dès 8h00 L'île aux oiseaux de Préverenges VD
4 Terrain dimanche 31mai 2026 Dès 8h00 À la recherche du Guêpier d'Europe en champagne genevoise
5 Terrain dimanche 21 juin 2026 Dès 8h00 Oiseaux de montagne au col de la Colombière F
6 Terrain dimanche 6 septembre 2026 Dès 10h00 À la recherche du Pluvier Guignard sur les crêtes du Jura
7 Terrain dimanche 18 octobre 2026 Dès 8h00 Baguage des migrateurs au col de Jaman VD
8 Terrain dimanche 17 janvier 2026 Dès 8h00 Hivernants à la rade de Genève et Pointe-à-la-Bise GE puis Tichodrome au Fort l'Écluse F

Tarifs

  • 200.- Membres ordinaires des associations acoquinées 250.- Non membres 150.- Etudiant.e.s

Naturalistes Romands